Soyons heureux pour sortir de la crise

bonheur_au_travailBien-être au travail, bonheur, optimisme, confiance… sont des sujets particulièrement impliquants en cette période où nous cherchons à combattre la morosité ambiante. Mais pour aller plus loin, « le bien être individuel comme vecteur de performance collective » est une réflexion à laquelle j’invite tous les chefs d’entreprise. Car le bonheur est aujourd’hui un enjeu de société et un enjeu pour nos sociétés.

J’ai rencontré Florence Servan Schreiber, en septembre, dans le cadre d’un congrès sur le Bonheur National Brut. Je vous ai alors parlé de son livre « 3 Kifs par jour » et de son approche de la pensée positive (Quand la science du bonheur s’invite en entreprise). Il y a quelques semaines, j’ai assisté à une table ronde organisée par le CJD de Lille qui souhaite que l’optimisme devienne « un virus contagieux » car « il donne du sens et de la vision »…. Et je me suis alors aperçue, qu’en l’espace de 6 mois, j’ai assisté, participé et rencontré de nombreux intervenants, de tous les horizons, sur le bien-être au travail, le bonheur, l’optimisme, la confiance.

Cet article n’a pas pour vocation d’être exhaustif. Mon sujet est juste de partager avec vous les différentes rencontres et lectures qui m’ont nourrie. Qui sont-ils/elles ?

Vincent Cespedes, un philosophe-écrivain-conférencier des temps modernes. Je l’ai rencontré à trois reprises, chaque fois j’ai été séduite par sa « philosophie appliquée ». Philippe Gabilliet, professeur de leadership à ESCP Europe et auteur de « Eloge de l’optimisme. Quand les enthousiastes font bouger le monde ». Jean Gadrey, président de FAIR forum pour d’autres indicateurs de richesse et participant à la Commission Stiglitz. Alexandre Jost, fondateur-animateur du Think Tank La fabrique Spinoza (Think Tank dmaîtrise deu bien-être citoyen). Hervé Serieyx au parcours impressionnant et orateur incroyable sur le thème de la confiance. Jean-Paul Delevoy, président du CESE et auteur de « Reprenons-nous ». Et Daniel Cohen, remarquable économiste dont je vous conseille « Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux ».

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Le bonheur, objet de toutes les attentions de la part des dirigeants du monde

L’Organisation des Nations Unies vient de proclamer le 20 mars, Journée Internationale du Bonheur. Une résolution dans la lignée de celle du 19 juillet 2011, où elle invitait les Etats membres à faire du  « Bonheur, une approche globale du développement ».

Et en janvier, le Forum de Davos a fait de son thème central le « Dynamisme résilient » que certains ont traduit par « le bonheur dans l’économie ». Un thème révélateur de l’optimisme naissant.  Il exprime, de fait,  la capacité de s’adapter aux contextes changeants, résister aux chocs soudains et rebondir tout en continuant à poursuivre  des objectifs critiques.

Nous aurons l’occasion de revenir sur cette notion sur laquelle lAtelier de Co-réflexions a choisi de se pencher cette année. En attendant et pour aller plus loin, je vous invite à regarder Geopolitis : Économie : y a-t-il un dynamisme résilient ?.

L’économie du bonheur trace le chemin pour sortir de la crise

Pour certains, l’économie du bonheur (ou économie positive) est à contre-courant en période de crise. Je rejoins Alexandre Jost pour qui, a contrario, elle est le chemin pour sortir de la crise. Car le bien-être des collaborateurs est un vecteur de performance économique pour l’organisation.

Dans son rapport (téléchargeable ici) la Fabrique Spinoza encourage à se saisir du bien-être comme vecteur de transformation économique positive des organisations.

Le Think Tank, s’appuyant sur de très nombreuses études et recherches en psychologie positive, économie, sociologie, neurosciences… amène à réfléchir sur les leviers du bien-être et d’épanouissement d’un individu pour stimuler sa performance individuelle au sein de l’organisation et donc la performance collective de celle-ci.

Ces études établissent clairement le lien entre bien-être et performance. « La performance du collaborateur épanoui est augmentée grâce à une meilleure santé, un plus fort engagement, un comportement avéré de coopération, une faculté plus développée d’innovation mais aussi une plus grande efficacité. Ces facteurs combinés, on observe bien une meilleure performance globale de l’individu qui se sent bien (salaire plus élevé, responsabilités accrues, meilleures évaluations et récompenses ou promotions) ».

Il ressort également des études que les entreprises plus performantes socialement le sont aussi économiquement. Et également qu’il existe un lien neuroscientifique entre bien-être et performance. « Ainsi, Fredrickson, selon son principe « Broaden and build » (« Elargir et construire ») montre qu’un individu qui se sent bien voit son champ de conscience et ses facultés élargies. D’autres modèles de l’esprit humain suggèrent également une meilleure performance de l’individu lorsqu’il se sent bien, comme le modèle du «Flow» (expérience optimale) de Csikszetmihalyi ou celui du «Aimer et travailler » de Freud. »

Si l’on pousse quelque peu la réflexion, la fabrique Spinoza n’est pas seule à tenir ce discours. Joseph Stiglitz disait que nos dirigeants sont comme des capitaines de navire dont la boussole n’indique plus le bon cap.  Et que mettre en œuvre des indicateurs de bien-être, tant au niveau national que des organisations, permettrait de dessiner un chemin pour sortir de la crise.

En 2008, Joseph Stiglitz  présida la Commission Stiglitz, « Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social », créée à la demande de Nicolas Sarkozy afin de développer une « réflexion sur les moyens d’échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives ».

« Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux »

Daniel Cohen a fortement animé la réflexion sur le bonheur ces derniers mois, avec son livre Homo Economicus.

A la question: « Comment construire une société épanouissante pour les individus ? », Daniel Cohen arrive à la conclusion que c’est dans le bonheur collectif que l’Homo Economicus s’épanouit. Il prend comme référent l’Amérique des années 60, où l’individualisme compétitif allait de pair avec un sens fort de la communauté. Cette conviction, quelques patrons la partagent aujourd’hui en appliquant des techniques de management différentes, où la compétitivité individuelle est moins valorisée que la capacité à enrichir le travail d’une équipe.

Dans son interview, en date du 3 septembre 2012, à la question  « Comment sortir de la crise et retrouver le goût du bonheur ? » il répond « Il semble clair qu’une société postmatérialiste, affranchie des contraintes de la nécessité, ne naîtra pas toute seule, quel que soit le niveau de prospérité que nous projetons d’atteindre. A nous de la fabriquer en ne nous laissant pas impressionner par le néolibéralisme, en revalorisant l’idée de coopération par rapport à celle de compétition. N’ayons pas peur de nos institutions publiques, écoles, hôpitaux ; réenchantons le travail en faisant confiance au syndicalisme ; faisons avancer l’idée européenne, en apprenant les langues, en augmentant les échanges scolaires… Si la source de nos malheurs vient de la très grande difficulté à se projeter soi-même dans le futur et à gérer les rapports interindividuels, alors nous avons plus que jamais besoin de corps intermédiaires, de règles communes et d’institutions qui nous aident à prendre les décisions les plus difficiles et à orienter nos destins. »

Regards croisés du philosophe et du politique

Jean-Paul Delevoye et Vincent Cespedes participaient au congrès du CJD. J’ai trouvé les propos de J.P. Delevoye d’une grande clairvoyance. Et Vincent Cespedes a apporté une prise de hauteur et un recul intéressants.

Jean-Paul Delevoye : Nous somme dans un monde en métamorphose. Et dans ce monde où les repères vacillent, l’entreprise hérite d’un rôle nouveau : celui d’apporter confiance, lien et sociabilisation à chacun. Pour cela, il est indispensable de construire une communauté d’intérêt. Les salariés veulent et doivent devenir des co-producteurs de l’entreprise, car c’est elle qui assure leur futur. Et c’est en devenant co-producteurs de l’entreprise, qu’ils deviendront acteurs du monde.

Il faut quitter la posture de la conflictualité pour adopter la posture de l’empathie du dialogue et de la co-construction. Nous devons quitter la société de la performance pour celle de l’épanouissement. Et dans cette période de transition, il est extrêmement important de retrouver le sens de l’aventure, de l’enthousiasme et de l’optimisme.

D’après Vincent Cespedes, l’optimisme est la confiance en la vie et la croyance que les choses sont toujours améliorables. « Je » peux améliorer l’état des choses pour tendre vers l’optimal. Pour cela, nous devons mettre les énergies en commun, créer des synergies actives. Alors ensemble, on pourra atteindre quelque chose de mieux, de meilleur.

L’optimisme est pour cela corrélé à l’ambition d’améliorer l’état du monde. Une ambition que chaque créateur d’entreprise porte en lui.  Le créateur d’entreprise doit donc chercher à améliorer les choses de telle sorte que cela soit plus humain, plus rentable, plus performant, plus beau, plus enthousiasmant !

L’optimisme c’est  aussi la capacité de se dire que l’impossible peut devenir possible. Et c’est un sport collectif, car le plus grand moteur de l’optimiste ce sont les autres. Il ne peut y avoir d’optimisme sans partage.

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Toute crise, et a fortiori la rupture que nous vivons, est un moment d’interrogation profonde. Je pense que le doute nous motive et nous aide à avancer. Et de nos réflexions découleront des actions, une co-construction qui créera un monde meilleur.

Cette conviction que nous allons vers quelque chose de mieux est l’expression de mon optimisme à moi. Elle a présidé la co-construction, il y a un an, de BEEZ&CO, Le Business sous un autre regard. Votre présence aujourd’hui, votre implication, vos retours… nous confirment que nous voyons juste et que la communauté BEEZ&CO est sur le bon chemin.

Pour aller plus loin :

  1. C’est quoi le bonheur ?
    Je vous invite à découvrir les différentes visions du bonheur répertoriées par la Fabrique Spinoza.
  2. André Comte-Sponville : travail, bonheur et motivation.
    Dans cette interview, ici, il aborde la question du management et de la génération Y. Un sujet qui fait écho à divers articles de notre blog : Génération Y, réussir sa vie avant de réussir dans la vie – Pouce en l’air pour Michel Serres – La Petite Poucette ou encore Génération Y, question d’âge ou de comportement ?
  3.  La Charte des valeurs Google : ici
  4. Les 5 facteurs qui favorisent le bonheur dans les entreprises. FastCompany a publié récemment un article sur les Secrets des compagnies les plus heureuses aux États-Unis. Ces 5 facteurs sont la raison d’être, la reconnaissance, l’intégration travail/famille, l’amélioration continue et l’être humain avant le travailleur.
    Retrouvez l’article ici.
  5. Et enfin, L’éloge de l’optimisme de Philippe Gabilliet, pour donner envie d’en être.
    J’ai quitté la présentation de Philippe Gabilliet dopée comme généralement après une conférence TED.  Ayant retrouvé son intervention sur le net, je la partage avec vous ici. Vous pouvez également revoir la vidéo que Caroline a posté en début d’année La chance, facteur de réussite ?

Karine LAFONTAINE

Sources et images : http://neosconsulting.unblog.fr/2011/12/27/le-bonheur-en-entreprise/, http://pumi.blog.free.fr/index.php?post/2011/05/10/Au-Luxembourg%2C-des-brochures-pour-aller-mieux-au-travail, http://www.abcdetc.com/bcomme/?p=3322, http://www.coach-travail.com/aimer-son-travail-pour-etre-heureux/ http://www.eurac.edu/en/newsevents/events/newsdetails.html?entryid=113601