Quand la femme entreprend – épisode 4

Toutes deux créatives dans leur domaine d’expression, elles ont décidé depuis quelques années de vivre leurs propres aventures entrepreneuriales : Anne Lucie en défendant ses idées même si elles peuvent sembler avant-gardistes, et Sophie en quittant sa vie de salariée de grande entreprise et en s’associant à son mari.

Anne Lucie nous inspire en partageant sa vision de l’entrepreneuriat. Elle explique comment elle concilie sa croyance en l’Homme et son envie d’entreprendre.

Pour commencer, quel est ton parcours professionnel en quelques mots ? Et l’entreprise que tu diriges ? 

Après avoir été salariée pendant plus de 15 ans, j’ai créé une première entreprise dans l’agroalimentaire en 2009, puis je me suis associée pour créer une 2ème structure en 2011 dans le secteur de l’audiovisuel et enfin j’ai créé mon activité de Conseil en communication et Créativité fin 2011 et d’autres projets sont en cours …

Pourquoi choisir d’être entrepreneure ? Est-ce différent d’être entrepreneure vis-à-vis de son entourage ou vis-à-vis de la société ? … Je n’ai pas vraiment choisi, mon entourage savait depuis longtemps que je finirais par me lancer quand je ne le savais pas encore moi-même. Aujourd’hui j’aurais beaucoup de mal à être de nouveau salariée à part entière parce que je suis créatrice de ma vie et même s’il n’est pas évident de poursuivre quand on stresse de ne pas avoir de visibilité à 3 mois sur notre chiffre d’affaires, j’éprouve une liberté que je ne pourrais pas remettre en question.

Et oui, c’est différent pour l’entourage, surtout ceux qui ne sont pas dans la même situation professionnelle … On devient « chef d’entreprise », « patron » avec tout ce que cela implique dans l’inconscient collectif … Et puis on travaille quasiment tous les jours car notre affaire dépend entièrement de nous, pas facile pour la famille parfois … Enfin vis-à-vis de la société, l’image est différente, car l’entrepreneur est seul à prendre les risques avec peu de soutien … La société, l’Etat sont tout juste en train de prendre la mesure de l’importance des entrepreneurs en France …

Pour toi, quelles sont les clés de réussite de l’entrepreneuriat ? … Rester fidèle à ce que nous sommes ; même si l’idée de départ évolue, ne pas oublier notre motivation du départ… Pourquoi on a décidé d’entreprendre ? Savoir être à l’écoute de notre environnement sans forcément le laisser nous influencer, mais au moins pour prendre la « température » de ce qui nous entoure. Etre « open mind » ! Savoir s’entourer de personnes différentes et complémentaires, savoir se remettre en question quand cela est nécessaire.

Quelles sont les valeurs que tu défends en tant que chef d’entreprise ? As-tu le sentiment de réussir à les respecter  au quotidien ? … Ce que je défends c’est l’Humain, le fait que chaque individu a le droit et le devoir d’être considéré et de considérer l’autre comme une personne ayant un vrai potentiel de créativité, de réalisation, de production … Je revendique le droit à la différence, ce qui n’est pas tous les jours facile dans notre société qui a pourtant besoin de cette diversité.

Oui, j’ai de plus en plus le sentiment de respecter mes valeurs au quotidien, peut-être justement parce que je suis chef d’entreprise et que je n’ai plus à faire pour ceux qui ne veulent, ou ne peuvent, respecter les valeurs que je défends. Et je pense que cela se sent.

Quel regard portes-tu sur l’entrepreneuriat en France ? … Je trouve les entrepreneurs très courageux, surtout ceux qui ne sont soutenus par des grands groupes. En France, jusqu’à aujourd’hui (j’espère que cela changera demain), il faut être un peu fou pour oser se lancer. Ceux qui se lancent sont aujourd’hui, pour beaucoup, ceux qui ont des idées et l’entrepreneuriat est un trésor pour l’innovation et la compétitivité de la France. Le regard sur l’échec est, enfin, en train de changer en France et l’on commence à considérer qu’un entrepreneur qui n’a pas réussi sa première affaire est justement quelqu’un avec une expérience qui lui permet d’être vigilant. Ça a l’air plus facile dans d’autres pays de se lancer, d’être soutenu, d’échouer et de recommencer … Mais je considère qu’il n’y a pas de hasard quant à l’endroit où nous sommes pour mener notre action. Si je suis entrepreneuse en France c’est que là est ma mission et m’investir dans BEEZ&CO, Le business sous un autre regard donne du sens, encore plus profondément, à mon action dans ce pays.

Quelles recommandations souhaites-tu partager avec quelqu’un qui veut franchir le pas ? … Qu’il faut essayer si on en ressent le besoin plutôt que de rester avec une envie inachevée. Rencontrer d’autres entrepreneurs avant de se lancer, des « qui ont réussi » et d’autres « qui n’ont pas réussi », pour savoir, sans surprise, ce qui peut arriver. Savoir s’entourer de personnes de confiance qui pourront vous soutenir dans les moments difficiles. Avoir confiance en son potentiel sans pour autant être arrogant. Partager son envie et son expérience sur le sujet pour sentir ce que nous renvoie notre entourage, cela nous permet de mesurer, en fonction de ce que nous recevons, quand nous sommes prêts à nous lancer. Si l’on a une idée avant-gardiste, il faut savoir être prêt à attendre que la société soit prête aussi … Etre patient !

Sophie a un parcours classique et décide de s’investir dans ce qui paraît être le projet de sa vie, celui de donner du sens à ce qu’elle réalise, ce qu’elle produit … ce qu’elle nomme le travail.

Pour commencer, quel est ton parcours professionnel en quelques mots ? Et l’entreprise que tu diriges ?

J’ai fait toute ma première partie de carrière professionnelle (15 ans) dans le domaine des établissements de crédit. J’ai rempli des missions d’analyste de crédit, de chargée de recouvrement, contentieux, de chef de produit marketing, de chargée de relations presse. J’ai mené une démarche qualité, travaillé sur le passage à l’euro, mené des projets de migrations informatiques, d’adaptation des process et des organisations aux fameux accords de Bâle (ça parlera aux banquiers 😉 … Je gérais donc des projets d’assistance à maîtrise d’ouvrage en organisation et systèmes d’informations lorsque l’idée de quitter ce monde m’a titillée.
 Aujourd’hui, je dirige avec Laurent, mon époux, Sophie et Laurent Mayeux Photographies, un studio photographique qui réalise des travaux dans le domaine du corporate, de l’institutionnel et de la publicité. Cette petite entreprise, nous sommes deux, aura 10 ans l’année prochaine.

Pourquoi choisir d’être entrepreneure ?
 Est-ce différent d’être entrepreneure vis-à-vis de son entourage ou tout simple vis-à-vis de la société ? … Tout cela est le résultat d’un chemin, celui de vouloir donner du sens à son travail. Au moment où j’ai décidé de sauter le pas, dans l’entreprise dans laquelle je travaillais, j’étais en manque de sens et de liberté d’action. J’avais un peu l’impression d’étouffer et de me gâcher.

Vis-à-vis de son entourage, c’est différent car notre situation peut faire «peur», dans le sens où nous sommes en situation de risque. L’entrepreneuriat est très souvent lié à l’image de l’insécurité d’une situation financière.

La société pense souvent que l’entrepreneure est «libre» dans son rapport à l’organisation de son travail, elle peut partir en vacances quand elle veut, elle peut s’organiser comme elle veut … Cette liberté est peut‐être parfois enviée, mais je peux vous dire, qu’une entreprise, cela vous colle à la peau et au cerveau 24/24 et 7/7 !

Pour toi, quelles sont les clés de réussite de l’entrepreneuriat ? … La capacité à se remettre en question : ne pas hésiter à changer, ne pas se reposer sur ses lauriers et se demander si on ne peut pas faire mieux ou autrement. La curiosité et l’ouverture d’esprit : être ouvert au monde, savoir ce qui s’y passe, s’y dit, s’y décide est forcément inspirant. La capacité à tenir un cap : savoir où on va, ce que l’on veut devenir est indispensable et déterminant. L’innovation : je ne pense pas forcément à l’innovation technologique, mais à l’innovation des process et des modes d’organisation ; c’est à mon avis la clé actuelle de réussite.

Quelles sont les valeurs que tu défends en tant que chef d’entreprise ? As-tu le sentiment de réussir à les respecter au quotidien? … L’authenticité de notre travail, de notre comportement, pour faire naître une relation bienveillante avec nos clients. Chacun de nos travaux s’attache à remettre l’homme au centre des préoccupations. La proximité est pour nous une seconde nature. Nos parcours respectifs nous ont permis de développer écoute et empathie La collaboration pour confronter notre travail à d’autres regards, pour enrichir, faire évoluer et partager notre travail

Quel regard portes-tu sur l’entrepreneuriat en France ? … J’ai confiance dans l’entrepreneuriat en France, car je suis toujours étonnée par le nombre de personnes qui ont des projets, la multitude des structures qui les accompagnent, et cela n’est pas assez dit, ni mis en valeur. Il y existe un tas de bonnes et belles idées en France et surtout un grand nombre de gens qui les rendent concrètes par des entreprises et des emplois. Alors certes, le contexte et les conditions de l’entrepreneuriat ne sont pas roses, il ne faut les ignorer, mais il y a un moment où il faut agir. C’est ce que font tous ces entrepreneurs.

Quelles recommandations souhaites-tu partager avec quelqu’un qui veut franchir le pas ? … Bien préparer son projet, sans oublier à un moment donné de se lancer quand même ! On apprend en marchant. Ne pas (trop) écouter les «tu ne vas jamais y arriver», «ce n’est pas le moment» etc … Parce que ce n’est jamais le bon moment et il y a toujours l’exemple de quelqu’un qui s’est planté.

Il faut reconnaître que décider de tout plaquer fait quand même un peu peur, à soi, à ses proches, à sa famille. La raison revient au grand galop vous rappeler qu’il faut rembourser son crédit immobilier, assurer le budget quotidien de la famille, mais il y a un instant où le sens, les valeurs prennent le pas. C’est là que l’on bascule dans la décision, et la raison est évincée car les convictions qui sont ancrées au fond de vous sont plus fortes. La décision prise, acceptée et assumée, on met alors tout en œuvre pour réussir et prouver à sa raison qu’on a bien fait de prendre cette décision. Enfin, le soutien de l’entourage proche, mais aussi des réseaux divers.

Merci à toutes les deux. Vos témoignages sont deux exemples de réalisation de vie. On comprend bien qu’entreprendre pour vous est l’adéquation entre vos idées et le sens que vous donner en les réalisant sous la forme d’une entreprise.

Caroline VALENT