Pourquoi le partenariat BEEZ&CO et Iteem – 2 ème regard

Nous avons partagé l’interview de Caroline Valent, une des initiatrices du projet communautaire BEEZ&CO, Le Business sous un autre regard, sur le partenariat entre ce dernier et l’ITEEM. En résumé c’est un projet innovant qui ose impliquer de futurs managers en fin d’études. Pour Caroline Valent leur implication dans le cercle de réflexion de BEEZ&CO, La Quadrature du Cercle, offre un nouveau regard, celui de douze individus d’une vingtaine d’années bientôt diplômés manager ingénieur entrepreneur. Aujourd’hui nous vous proposons de partager le regard de Pierre Daniel, Directeur adjoint de l’Iteem.

Qui a fait la démarche du partenariat entre l’ITEEM et BEEZ&CO?… Au départ Caroline Valent s’était rapprochée de moi pour voir ce que je pouvais apporter à la réflexion qu’elle menait dans le cadre de BEEZ&CO et en quoi je pourrais être un des contributeurs  en tant que chercheur, professeur autour de certaines problématiques: une nouvelle manière de regarder le business; un business sous un autre regard. Caroline me sait très sensible aux thématiques originales, innovantes: aspect de complexité, vision du monde comme un système. Ce sont des approches qui sont en compatibilité avec ce qu’elle fait, avec les réflexions qu’elle mène. Ensuite on a travaillé ensemble plusieurs semaines, plusieurs mois. On a appris à se découvrir, à échanger et on s’est rendu compte qu’on avait une très grande compatibilité de point de vue et qu’on pouvait se rendre service, l’un et l’autre dans cette réflexion.

A un moment donné, au bout de quelques mois je me suis rendu compte que ce que je pouvais apporter méritait de l’être en intégrant les étudiants avec lesquels je travaille. Je pouvais apporter des réflexions autour de champs théoriques, des nouveaux outils, de nouvelles manières de percevoir la gestion d’entreprise dans des approches un petit peu iconoclastes. J’aime faire cela avec des étudiants, je trouve que c’est un public qui est capable d’être créatif, décalé, dérangeant tout en étant structuré et tout en apportant une connaissance de fond. C’est à partir de là que j’ai exprimé le fait que ce serait peut être une bonne idée de faire intervenir les étudiants de l’Iteem, de les faire travailler dans la durée, car c’est le seul engagement que je pense pertinent, et d’aller un cran plus loin, de réfléchir à cet engagement comme un partenariat. Caroline a tout de suite dit oui à l’idée de lancer ce partenariat.

Est-ce que l’objectif initial du partenariat a évolué ?… Comme toute idée un peu innovante et qui se construit en marchant, forcément elle évolue, mais pas dans l’idée. Au départ, l’idée était d’amener l’expertise (en cours de développement) d’étudiants avec leur approche, comme je disais, iconoclaste, un peu décalé, un peu poils à gratter. Le but était aussi d’amener ce côté académique qu’ont les étudiants, c’est une partie de votre enseignement d’acquérir ce coté académique. Avant que vous sortiez de votre école, il est important de le confronter à des réflexions, des problématiques et des enjeux d’assez haut niveau en entreprise. Non pas par l’intermédiaire d’un stage mais par l’intermédiaire d’un travail différent et donc vous mettre en situation de côtoyer des dirigeants et de vous mettre en situation de devoir leur apporter quelque chose. Cet apport est notamment une maitrise théorique de problématiques qu’ils ne peuvent plus avoir parce qu’ils n’en ont plus le temps. Tout cela n’a pas changé, la seule chose qui va certainement évoluer, c’est la façon dont on va tout organiser. Nous ne savions pas exactement si nous intégrerions uniquement les cinquièmes années ou d’autres années de l’Iteem. Moi j’aimerais y intégrer d’autres personnes mais il vaut mieux commencer par des petits groupes et par des gens qui ont déjà une maitrise assez avancée. Nous allons aussi faire évoluer le partenariat en fonction des réussites et des échecs. Si on voit que la formule ne fonctionne pas, on la corrigera. L’idée c’est vraiment de vous mettre au cœur de cette réflexion entre le monde académique qui se doit d’avoir une expertise pour l’entreprise et le monde professionnel qui évidemment a la pratique mais qui se doit aussi de faire un pas vers les nouvelles tendances qui sont souvent des nouvelles tendances théoriques.

Pourriez-vous préciser l’apport que peut avoir BEEZ&CO sur les élèves de l’Iteem, et inversement ?

Je crois profondément dans le fait que le contact est nécessaire entre des étudiants et des entreprises, entre des jeunes et des moins jeunes, entre une nouvelle génération avec des idées qui n’ont pas de contraintes et une génération en place qui a du pouvoir et des idées et qui sont forcément contraints par la réalité. Je pense donc que confronter ces deux mondes est primordial. Ces deux mondes se confrontent finalement dans une situation bien particulière: les stages, et assez exclusivement à travers eux. Je pense que ces stages sont des choses absolument nécessaires et extrêmement efficaces mais ça ne répond pas à une problématique qui est de permettre, aux deux mondes, de réfléchir ensemble autour de thèmes stratégiques. Je crois que c’est assez rare que dans le cadre d’un stage on réfléchisse et agisse ensemble dans le cadre d’une réflexion plus stratégique. On est plutôt dans une mission plus opérationnelle. Là, l’idée est de pouvoir vous confronter dans une réflexion plus stratégique, par exemple autour d’une nouvelle manière de s’organiser, d’une nouvelle manière de penser la stratégie, d’une nouvelle manière d’agir ensemble ou pas dans l’entreprise. Ça ne veut pas dire que parce que c’est stratégique, ça n’est pas pratique, bien au contraire, c’est plus stratégique, à un plus haut niveau. Ça ne peut pas être fait dans le cadre d’un stage et je pense que ça doit être fait dans un autre cadre.

En disant cela, je réponds, d’une certaine manière, à la première question: qu’est-ce que peut apporter BEEZ&CO? Elle peut justement apporter cette condition de confrontation. BEEZ&CO est  capable par son expérience, par ses contacts, par sa capacité à mettre les gens du monde de l’entreprise en contact mais aussi par sa capacité à être à l’écoute de mondes qui ne sont pas les mondes de l’entreprise ; le monde des chercheurs, des étudiants. BEEZ&CO est capable de faire ce lien en amenant le monde de l’entreprise avec les vrais problèmes de l’entreprise formulés de façon intelligente, intelligible, originale pour que vous puissiez y répondre.

Qu’attendez-vous de ce partenariat ?… Trois choses mais à des niveaux extrêmement différents. Je vais aller de l’élément le moins engageant mais très pragmatique à l’élément le plus engageant, à plus long terme. Tout d’abord  j’aimerais que cela puisse faire connaître l’Iteem et l’excellence de votre profil sous un angle différent. Pas parce que vous êtes des diplômés qui se placent bien, qui avaient des bons salaires et des bons jobs, ni parce que vous êtes des titulaires du baccalauréat que l’on recrute à un haut niveau. Non, pour une autre raison, parce que vous êtes des contributeurs d’une réflexion importante aujourd’hui dans le monde économique. J’aimerais que l’Iteem soit contributeur de cela. C’est un premier point, que ça amène de l’image, de la reconnaissance sur quelque chose de factuel, d’original et de haut niveau.

Dans un deuxième temps, je souhaite que cela apporte pour vous, mais aussi pour moi, une maitrise plus grande encore des problématiques pratiques de l’entreprise. Des problématiques d’avenir et donc éminemment stratégiques. Quand je parle de problématiques pratiques je parle de problématiques du quotidien, en contact avec la performance de demain, avec le mode d’organisation d’aujourd’hui et celui de demain. Il ne faut pas être déconnecté des problématiques pragmatiques mais être en revanche au sein de réflexions plus stratégiques. Voilà, je pense que cela peut apporter énormément pour votre développement, votre connaissance et votre capacité de demain à être de bien meilleurs managers. A moi aussi ça m’apporte, être capable d’être un expert académique, un chercheur qui n’est pas déconnecté dans sa tour d’ivoire, mais qui est au contact direct de la formulation des problématiques stratégiques de l’entreprise.

Dans un troisième et dernier temps, bien qu’il faille rester humble, c’est un enjeu que l’on se donne et une forme de promesse à laquelle on espère répondre. C’est contribuer à une nouvelle manière de faire dans les entreprises et contribuer au fait que quelques entreprises, quelques grandes organisations changent leurs manières de faire parce qu’on aura pu être à leurs cotés et qu’on aura été un élément de ce changement.

Souhaitez-vous élargir ce partenariat ?… A priori la réponse est bien évidemment oui. Moi en tout cas j’ai le désir que ça puisse prendre une forme plus large, n’oublions pas les trois promesses que l’on a données : faire connaitre l’Iteem, vous permettre de vous développer et développer votre profil et enfin contribuer au développement des entreprises. Donc on va d’abord commencer de façon pragmatique par ce qui est faisable et il faudra saisir les opportunités si cela fonctionne bien. Il faudra élargir le travail à condition que l’élargissement lui permette d’être plus efficace.

Une fois cela dit, j’aimerais revenir sur un point qui a été formulé. Je fais ce partenariat dans le cadre de l’Iteem en tant que cursus de Skema Business School, c’est-à-dire que vous êtes des étudiants de l’Iteem et que moi je représente Skema. Parmi tous les étudiants qui sont en contact avec moi, par exemple des étudiants de Master spécialisés, de Master of Science en Project and Program Management, de première et deuxième année de Skema, j’ai fait le choix de travailler avec vous, étudiants de l’Iteem cursus classique, pour différentes raisons. La première c’est que vous êtes un plus petit groupe auquel je pouvais accorder et passer plus de temps pour vous accompagner et vous amener à réfléchir. Comme je l’ai déjà dit, je pense que ce travail va devoir s’élargir. Dès cette année avec les quatrièmes années, je vais tenter quelque chose, pas dans le cadre du partenariat mais en tout cas je vais tenter quelque chose qui pourrait être inclus dans ce partenariat. De toute évidence et très probablement dès l’année prochaine avec les étudiant qui sont en MSC, cet élargissement aura lieu. Il est vrai que je suis assez sensible aux capacités que vous avez, vous étudiants de l’Iteem, cette maitrise de l’ingénierie et du management que vous connaissez bien. Cette maitrise m’est utile parce que les thématiques que l’on traite autour de l’innovation, des écosystèmes, des nouvelles manières de penser le business, nécessitent d’avoir une compréhension de ce qu’est la technologie actuelle et de ce que sont les problématiques d’ingénierie. Je pense donc que vous êtes un public qui est parfaitement adapté.

Vous voyez, je pense que ça va se développer à l’Iteem mais d’abord faisons cela correctement.

Selon vous, qu’est-ce qui pourrait faire office de performance concernant ce partenariat ?… Tout d’abord, l’objectif de ce partenariat est de démontrer que des étudiants de l’Iteem pilotés par moi, professeur, chercheur de Skema, forment un groupe de réflexion capable d’apporter quelque chose lorsqu’il s’engage dans un projet tel que celui de BEEZ&CO. Donc, le premier élément de satisfaction sera de voir dans quelles mesures les retours des entreprises, des dirigeants que vous aurez côtoyés, auxquels nous aurons apporté notre contribution par l’intermédiaire d’interviews, de synthèses de réflexion, diront que ça aura été bénéfique, utile et qu’ils aimeraient continuer cette approche. Deuxième chose, vous allez aussi apporter des livrables, des résultats tangibles à une autre communauté et pas uniquement celle des entreprises concernées mais aussi la communauté des chercheurs et experts qui travaillent dans «La Quadrature du Cercle» (c’est à dire aux côtés de Caroline Valent, j’en suis un membre). Nous allons leur apporter des éléments de synthèse, des pistes de réflexions, des angles d’analyses qui je pense leur seront très utiles. J’aimerais voir aussi dans quelle mesure ils nous diront que ça leur à été utile ou pas. Le dernier objectif, c’est de voir dans quelles mesures vous estimerez que cette expérience vous a apporté quelque chose dans votre apprentissage personnel.

Vous l’avez dit, vous êtes un membre de La quadrature du Cercle, est-ce que ce partenariat renforce votre engagement ?… Oui et plus que d’une certaine manière bien évidemment. Aujourd’hui j’ai, comme beaucoup de personnes qui sont un peu passionnées par ce qu’elles font, assez peu de temps pour faire tout ce que je voudrais faire. Je suis donc obligé de faire des choix. Et lorsque je fais un choix, je suis obligé de me dire que c’est celui qui m’intéresse et qui m’apporte quelque chose et que si je fais ça et pas autre chose, il faut que ça puisse avoir une contribution importante.

Donc du coup pouvoir s’engager personnellement en tant que chercheur dans une réflexion avec BEEZ&CO, pouvoir m’engager avec vous à travers des cours et vous donner du temps, me dire que cet engagement avec vous m’est utile et pouvoir vous demander de vous engager en vous accompagnant auprès d’une démarche plus large qu’est ce partenariat a du sens. Tout le temps que je vais passer: pour moi, même dans mon activité de chercheur, avec vous dans mon cadre d’enseignement et avec BEEZ&CO dans le cadre du partenariat me permet de contribuer à un objectif commun en dépensant plus d’énergie et en me donnant plus de chances que cet objectif aboutisse. Oui cette implication a du sens.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ou revenir sur un point abordé ?

Oui. Je l’ai déjà peut être un petit peu dit mais je pense que cette initiative qui débute de façon très limitée (12 étudiants) avec un engagement pas encore trop voyant a beaucoup de sens pour moi, dans ma fonction de directeur adjoint de l’Iteem. Je représente Skema Business School qui a une expertise assez forte autour des grands projets complexes mais aussi sur ce qu’on appelle le management entrepreneurial, c’est-à-dire gérer de façon plus entrepreneuriale, plus innovante. Cette expertise doit être visible et doit être reconnue et je trouve que c’est symbolique, intéressant d’utiliser la plateforme de l’Iteem qui est un programme de Skema mais un programme décentré. C’est intéressant d’aller chercher ces étudiants qui ont eux-mêmes un profil innovant, décalé, parfaitement en cohérence avec la logique de la complexité des nouveaux défis, la complexité d’innovation, du management entrepreneurial. Aller vous rechercher c’est quelque chose de symbolique et qui a du sens.

Ce partenariat est construit sur l’expertise de Skema, notamment la mienne autour du management, autour de la complexité du développement d’affaires, du management entrepreneurial. Il est construit sur un profil innovant d’ingénieur qui a une dizaine d’années. Il est temps que cette excellence commence à être reconnue sous un angle différent que sous un angle enseignement et diplôme. C’est un angle et une contribution différents et je crois profondément dans le fait que les écoles ne sont pas uniquement des pourvoyeuses de diplômés, elles sont des pourvoyeuses de valeurs ajoutées, de têtes pensantes, de jeunes professionnels qui sont déjà capables d’apporter à l’économie avant de sortir. Certains vont apporter en créant des entreprises avant d’être sortis, quel magnifique exemple ! D’autres doivent pouvoir apporter en contribuant à la réflexion et à la mise en œuvre de nouvelles pratiques dans les entreprises avant de sortir.

Finalement il est quasiment impossible de le faire si on ne le fait pas sur un mode qui ressemble à celui-là. Donc on va tester ce mode-là. Le stage c’est un autre mode. Ce mode-là est nouveau, original. C’est une nouvelle manière de promouvoir ce que Skema a envie de faire, innover dans la manière de développer les étudiants, de penser à ce qu’ils font, de construire leurs avenirs, leurs expertises. Puis s’appuyer sur un profil comme le vôtre c’est quelque chose qui a du sens et qui doit être médiatisé sous cet angle-là. Sous l’angle de ce partenariat et de cette excellence.

Arthur, Côme, Clément, Gaël