Ne pas laisser indifférent

Dans la programmation d’une salle de spectacle (dans la stratégie d’une entreprise ?) : être incontournable, éveiller envie et curiosité, être généreux et remarquable, sont des ambitions fortes !
A coup sûr, recevoir James Thiérrée dernièrement au Colisée a rempli ce défi .

Avec et à la place du spectateur, on se dit « quelle force d’invention », le cerveau fait des liens avec son propre imaginaire et ses références générationnelles : on y retrouve un peu de MATRIX, de Harry Potter, d’Alice au pays des merveilles , mais aussi l’ADN, les poèmes de Baudelaire, les Temps Modernes de l’aïeul Charlie Chaplin, la société en général  et… on plonge dans un système ou plutôt dans l’envers du décor, comme happés.

La rencontre « art et entreprise » proposée avec BEEZ&CO a impulsé un moment d’échanges comme une secousse : d’abord chacun, chacune évoque son émotion «innovant et tellement esthétique» «un choc», «un cauchemar d’enfant revisité», «un moment voluptueux», «un truc qui m’échappe», «ça m’a étonné, mais pas plu» ! Les émotions dont nous ne nous occupons pas s’occupent de nous «un peu angoissant aussi»… Mais pas que !

Inscrire ce moment dans les réflexions entrepreneuriales – le management, le changement ou la transformation des organisations, le collaboratif – donne un vrai recul. Fatigués du bling bling et du bla bla, cette mise en scène de James Thiérrée permet aussi de revisiter le logiciel de nos pratiques et de nos échanges : prendre le temps d’observer, de saisir, de réfléchir aux allégeances, aux automatismes, à la hiérarchie et de communiquer mieux : s’écouter, écouter et voir puis s’exprimer ! D’une manière délicate ou infime sortir d’un petit « enfermement » pour ne pas être dans l’Enfer me ment !

Au-delà des collaborateurs des entreprises, des coachs, des réseaux, des entrepreneurs, des facilitateurs de changement, Le Colisée veut toucher Tous les Publics… l’équipe travaille aussi à des partenariats solidaires et sociétaux soutenus par des mécènes ou donateurs, une sensibilisation qui permet de beaux projets et le partage du beau… ici,  les mots d’enfants  (de 8 à 12 ans impliqués dans un parcours culturel au Colisée) trouvent  toute leur justesse.
La scénographie exceptionnelle (toute la machinerie du théâtre à nu), l’esthétique (le mouvement des corps, la contorsionniste, des décors baroques et mouvants), l’originalité du spectacle ont  donné ceci : « bien, pas long et ça se passait dans un château hanté avec un monsieur qui n’avait pas le droit de sortir ». «Il y a tant à dire sur la musique, les danseurs, les rythmes… c’était beau !», « L’histoire n’était pas simple à découvrir mais j’ai aimé inventer» . (souvenez-vous de l’article de Anne Lucie qui nous incite à re-penser comme lorsque nous étions enfants)
A la manière de BEEZ&CO avec les étudiants de l’Iteem, nous faisons tout pour partager les expériences…

Bref, avec cette diffusion audacieuse, le Colisée a proposé un vrai temps fort, qui ne laisse pas indifférent donc : s’initier au beau, être inspiré, se plonger dans la densité d’une œuvre, c’est tout simplement être en résonance avec le monde qui nous entoure !
Chaque spectateur est une part du spectacle vivant et naturellement une œuvre nous « r-enseigne » un peu sur nous !
Evidemment ce n’est pas fini : le 26 mars La Comédie Française vient avec « le jeu de l’amour et du hasard » de Marivaux : Silvia prend la place de sa femme de chambre Lisette, et Arlequin se fait passer pour son maître Dorante ! Se mettre à la place de l’autre et  jouer avec  la vérité… Plus tard, en mai,  Edouard Baer nous convie à la préparation d’une réunion du G20, absurde et décapant !

Quant à la saison prochaine, elle réserve comme toujours une programmation éclectique… la Comédie Musicale Absolue « West Side Story » conjuguera aussi plaisir, point de vue et question de sens… Rendez-vous dans un prochain billet !

Sandrine DOVERGNE

Pour découvrir la programmation du Colisée, c’est ici.