Comment la relation, et plus spécifiquement la force de LA RELATION, peut-elle être GENERATRICE DE VALEURS au sein de nos entreprises

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C’est ce que nous avons déroulé tout au long de cette journée du 28 juin 2012. A travers les regards croisés d’experts, de chefs d’entreprises, de dirigeants, de chercheurs, d’artistes… de tous les horizons. Parce qu’il fallait au moins une journée et la complémentarité des six interventions pour traiter ce thème central.

Et le résultat fut à la hauteur de nos attentes. Un grand merci à tous les intervenants qui ont placé cette Journée BEEZ&CO sous le signe de la qualité, de la connaissance et du partage.

Voici un aperçu des échanges et réflexions qui ont éclairé ce 28 juin, présentés ici, dans leur ordre chronologique. Pour chaque conférence, notre invité de la Journée porte son regard d’écrivain et d’artiste.

UN REGARD DE DIRIGEANT

« Nous ne sommes pas dans une crise mais dans un changement de paradigme », Clara Gaymard, Présidente GE France

beezandco-mayeux-17-300x234Clara Gaymard, a ouvert la discussion. Elle s’est exprimée au nom des diverses casquettes qu’elle a coiffées, et coiffe toujours, depuis bientôt 25 ans qu’elle instruit notre paysage économique et politique. Quand elle parle, nous oublions que nous sommes dans l’amphithéâtre d’Euratechnologies, elle possède le don de créer avec chacun un lien, celui du dialogue et du partage.

Elle a débuté par un rapide come-back sur ces dernières années. La mondialisation, ses miracles et ses effets pervers, les crises de 2001 et surtout 2008, ce qu’on en attendait et ce qui est arrivé, les signaux qui auraient dû nous alerter et ceux que nous traînons et ne voyons plus… Ceci pour introduire sa réflexion :


beezandco-mayeux-18-168x300«Nous sommes en train de vivre une mutation majeure. »

Il faut cesser de ne prendre en compte que la performance financière, et lui adjoindre la performance sociale et la performance environnementale.

« Nous ne sommes pas dans une crise mais dans un changement de paradigme ». La globalisation a amené l’émergence de nouveaux consommateurs et acteurs du monde. Les différentes cultures qui imprègnent la globalisation font que le monde redevient multiculturel.  Et d’une certaine façon, le pouvoir revient à l’individu.

« Ce qui compte, plus que le diplôme, c’est le talent, l’engagement et la loyauté. »

Toute entreprise est constituée d’Hommes. Et au-delà de leurs compétences et expertises, le gage de réussite provient du caractère intrinsèque de chacun et de ce qui fait que chacun à sa place au sein de l’équipe. « L’être » avant « le savoir-faire ».

Cela ne s’apprend malheureusement pas dans les livres de management. De même qu’on n’y apprend pas à recruter des Hommes qui bousculent, agitent. On a trop tendance à recruter des clones, or la diversité, même si elle est plus difficile à manager, est la vraie force de l’entreprise. Les équipes doivent ressembler au monde dans lequel on vit…

beezandco-mayeux-23-300x182UN AUTRE REGARD « Tout homme a besoin de créer, de se réinventer. Lui permettre de le faire, c’est lui redonner confiance en lui », Sandra Reinflet auteur de « Same same but different » était l’invitée « décalée » qui a apporté toute la journée, son regard d’écrivain et d’artiste sur les échanges.

Après avoir partagé avec nous combien entendre placer le savoirêtre avant le savoir-faire lui avait plu, Sandra a rebondi sur la notion de création. Pour Clara Gaymard, la valeur clef de l’entreprise n’est plus le travail mais la création. Et c’est une vision que partage pleinement Sandra. Les entreprises différencient trop les créatifs des non créatifs.  Or tout homme a besoin de créer, de se réinventer. Lui permettre de le faire, c’est lui redonner confiance en lui.

ANALYSE D’EXPERT

« L’avantage concurrentiel d’une entreprise peut être directement lié à sa capacité à générer des relations », Isabelle Decoopman, professeur de stratégie et de management et chercheuse en marketing à SKEMA Business School.

Isabelle Decoopman a entrepris ensuite de développer pourquoi « Il est important aujourd’hui de comprendre que la « Relation » est aujourd’hui au cœur de tout processus de création de valeur ».

Avant les NTIC, notre environnement était stable, homogène et certain, c’était la façon de travailler des années 80-90. Les NTIC, qui ont amené la potentialité d’accès à l’information, ont apporté un environnement complexe, imprévisible, et incertain. C’est pourquoi, aujourd’hui, les activités économiques doivent être menées d’une autre façon.

Il faut penser processus, relation. De l’approche analytique, il faut passer à une approche systémique, c’est-à-dire considérer un environnement global et des sous-systèmes en interaction. Nous devons penser réseau, maillage, relations pour amener de nouvelles sources de création de valeurs aux entreprises, aux organisations et aux individus.

Internet : une véritable révolution culturelle

Au-delà de l’aspect technologique, Internet est une véritable révolution culturelle et cognitive dans les rapports sociaux (Facebook) mais aussi entre les organisations elles-mêmes.

Internet a modifié le rapport à la connaissance : économie de la connaissance, partage de la connaissance, transfert de connaissances…

En France, la logique industrielle caractérisant les entreprises fait que l’on a du mal à s’adapter à ces nouveaux modes de fonctionnement. Les organisations doivent être capables de créer des espaces de conversation avec le public et être actives dans ces espaces.

Ceci est d’autant plus important que nous sommes passés du web 1.0, avec ses pages figées, au web 2.0, un phénomène culturel et social à la dimension participative et collaborative, et que nous aurons bientôt le web 3.0 qui rendra Internet encore plus participatif.

De la transaction à la relation durable

La transaction est une relation à l’instant T, régie par les 4 P du marketing.

Il est aujourd’hui important de prendre en compte la qualité de la relation, au-delà de la seule transaction et de cet instant T, d’intégrer une dimension de relation pour inscrire les échanges dans une logique de relation durable.

L’avantage concurrentiel d’une entreprise peut être directement lié à sa capacité à générer des relations.

La diversité (ou l’hétérogénéité) est un véritable enjeu pour l’entreprise ;l’hétérogénéité donne une idée de divergences, de capacité de création.

Le dirigeant et le manager doivent faire travailler des personnes ensemble en mobilisant des synergies.

L’organisation  en réseau permet de créer des relations pour que cet avantage concurrentiel se caractérise par le choix d’acteurs différenciés et hétérogènes, pour que le réseau génère une valeur ajoutée.

Qu’est-ce que le business model ?

C’est un outil qui va au-delà du modèle de revenus. Ce n’est pas le business plan, c’est un outil pour créer de la valeur. La principale composante du business model est la proposition de valeur : comment mobiliser les ressources, comment les partenaires vont-ils être choisis, comment les profits et revenus vont-ils être générés ?

Comment montrer qu’une activité économique est soutenable sans chiffres ?

Il faut comprendre que chaque choix qu’on fait a une conséquence et trouver l’équilibre. L’idée est de créer des modèles de rupture pour générer un marché (ex : le gratuit, le low cost…)

Nous arrivons avec de nouveaux modèles économiques tels que les business collaboratifs à des logiques d’usage et non plus de propriété.

Cette volonté qu’ont les individus de vouloir être connectés est une aubaine pour ouvrir les modèles économiques ; les consommateurs souhaitent être acteurs et veulent entrer dans le processus de création de valeurs, que vous soyez en B to B ou en B to C.

2012 : ère du CO

C’est l’ère de la codétermination : définir avec les partenaires un produit, un besoin, approcher les nouveaux comportements de consommation.

C’est l’ère de la coproduction : la relation est basée sur un nouveau processus de création de valeurs basé sur le partage ; on parle aujourd’hui d’intelligence collectiveau-delà d’une seule organisation.

Si nous voulons créer des valeurs il faut être capable d’agréger les intelligences individuelles pour en faire une intelligence collective.

UN AUTRE REGARD « Revenir à des choses qui sont de l’ordre du bon sens », Sandra Reinflet auteur de l’ouvrage « Same same but different »

La démonstration brillante d’Isabelle a inspiré à Sandra la réflexion que l’on revient à des choses qui sont de l’ordre du bon sens. Et cette nouvelle forme de business collaboratif est plutôt salutaire puisque le consommateur devient acteur.

HISTOIRES D’ENTREPRISES 

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« Nous sommes dans une phase contraignante mais vitale de changement. Nous avons besoin de sens, d’un retour à l’éthique, de valeurs », disent unanimement 5 dirigeants.

La table ronde sur « L’innovation en réponse à de nouvelles opportunités » qui a ouvert l’aprèsmidi réunissait Alice Guilhon – Skema Business School, Elodie Bia – Pocheco, Gregori Vincens – Agence 4uatre, Laurent Vergult – Groupe Adeo et Eric Alexandre Groupe SIA Habitat.

L’échange entre ces cinq dirigeants, venus partager leurs expériences concrètes innovantes en réponse aux changements de leur environnement et de leur besoin de développement, fut riche en enseignements divers.

« L’entreprise doit re-fabriquer du sens »

Leurs avis sur l’entreprise d’aujourd’hui convergent. Nous sommes dans une phase contraignante mais vitale de changement. Nous avons besoin de sens, d’un retour à l’éthique, de valeurs.

Les écoles vont devoir créer des talents capables de manager l’intangible et l’immatériel. Alice Guilhon 

Bienêtre, création et innovation au cœur de l’entreprise.

Le mot d’ordre est la création commune de valeurs. Il faut impliquer les salariés, les associer aux enjeux, partager le sens des décisions, construire ensemble le projet d’entreprise.

Gregori Vincens

Le bien-être est attractif, il attire de nouveaux collaborateurs.

Laurent Vergult

L’avenir de la planète et le développement durable sont également au cœur des actions.

Elodie Bia

   La créativité et l’innovation sont forcément des composants majeurs du développement de l’entreprise. Eric Alexandre

MODÈLES DE DÉVELOPPEMENT 

« Etre créatif et innovant est la base du développement durable. », Karin Boras auteur de l’ouvrage « développement Durable, l’avenir des PME »

Karin Boras a abordé les questions clés d’une stratégie d’innovation pour un dirigeant de PME/PMI et sa traduction en modèle économique durable.

Comment et pourquoi intégrer le Développement Durable dans nos entreprises, comment passer d’une économie spéculative à une économie partenariale, comment raisonner différemment, sont trois questions majeures auxquelles elle a répondu à travers deux exemples d’entreprises : BeeZ entreprise de service et Van Gansewinkel industriel.

Comment réfléchir opérationnellement ?

Karin a créé un outil qui s’articule autour de 4 grandes questions : économique, écologique, sociale et sociétale.

Ce qui s’énonce simplement ainsi : tout en étant rentable, que faisons-nous pour la nature, pour l’homme et qu’apportons-nous à la société civile ?

Comment autour de deux axes majeurs, corporate et produit, décliner ces 4 niveaux d’action économique, écologique, sociale et sociétale ?

En corporate, cela se traduit par :

– action économique : bien gérer son entreprise – action écologique : réduire les pollutions et les consommations, recycler – action sociale : quels bénéfices pour les collaborateurs directs et indirects – et action sociétale : quelle implication dans la société civile, en tant qu’entreprise citoyenne ?

En produit :

– action économique : rendre les produits rentables – action écologique : quels avantages écologiques pour les clients ? – action sociale : quel avantage social pour les clients ? – et action sociétale : à quels enjeux sociétaux le produit répond-il ?

L’enjeu sociétal

A la question : comment permettre aux intelligences de se déployer afin d’apporter des solutions ultraopérationnelles pour nos clients ?

Karin répond : en travaillant en mode collaboratif,  grâce à un système relationnel intelligent interne à l’entreprise. Un système qui respecte l’équilibre de l’individu dans sa propre organisation (par l’utilisation des outils numériques) et qui est basé sur la responsabilité individuelle  pour contribuer à la  création de valeur collective.

ORGANISATION D’ENTREPRISE 

« L’intégration des outils collaboratifs comme support de développement  de l’entreprise » est l’idée forte de cet atelier.

Pour présenter les outils collaboratifs et partager leurs expériences : Hervé Bébin, consultant sde consulting, Gilbert Brillant, chargé de mission Bayer France et David Héry, directeur technique Ineat Conseil.

Pourquoi faut-il aujourd’hui intégrer les RSE – réseaux sociaux d’entreprise – dans les entreprises aujourd’hui afin de catalyser la force de la relation, afin de générer de la valeur ?

Une des raisons repose sur les nouveaux comportements des plus jeunes salariés, habitués des réseaux sociaux grand public.

Contrairement à un réseau social connu du grand public,  un Réseau Collaboratif d’Entreprise, qu’il soit interne ou ouvert aux partenaires, est privé, contrôlé, sécurisé. On y retrouve des échanges distants, des publications de contenus (portail, blog), du partage documentaire, de la gestion de projets (planning, ressources), de la bureautique (contacts, agenda, édition de documents).

En cela, les RCE favorisent la transversalité par une approche conviviale et intuitive, tout en répondant à de nombreux besoins : communication, collaboration, attractivité auprès des plus jeunes, productivité (notion de veille, gestion de qualité), motivation (expression individuelle), créativité…

Enfin, ils ont des applications multiples : recherches d’expertises (quand personne dans mon entourage ne peut m’aider) d’innovation (quand j’ai besoin que mon offre soit évaluée), de travail collaboratif (travail avec des personnes distantes sur un projet), de mise en contexte (pour évaluer un projet en cours).

Les RCI introduisent dans l’entreprise un nouveau mode de collaboration. Ils ouvrent la voie vers l’entreprise socialeCe sont de formidables leviers de développement, de productivité et de créativité.

UN AUTRE REGARD

« La place de l’individu est devenue centrale et prend toute sa valeur au sein du collectif » conclut Sandra Reinflet accompagnée, en vidéo, par quelques-unes des 81 femmes extraordinaires qu’elle a rencontré dans le monde.

Sandra a ponctué la journée en partageant avec nous son parcours et ses diverses expériences d’artistes, chanteuse, écrivain, voyageuse, découvreuse, partageuse…

A 25 ans, elle a ressenti une certaine urgence à faire bouger sa vie, à entreprendre son tour du monde, à partir à la rencontre de 81 jeunes femmes de son âge qui portent un projet, veulent vivre de leurs envies. Sportives, artistes, créatrices d’entreprises…, dans un désert namibien, une prison équatorienne ou une montagne népalaise, elles ont toutes en commun de prendre des risques pour concrétiser leurs rêves.

Concrétiser ses rêves fut le point de départ et le moteur de Sandra. Elle a renoué avec l’enfant qu’elle était, a trouvé ainsi un équilibre puissant et donné vie à une jeune femme rayonnante. C’est quelque part ce que nous recherchons tous, dans notre vie personnelle et professionnelle…

Cette clef de la réussite que nous donne Sandra est venue appuyer les différentes clefs que la Journée a pu mettre en évidence. Parmi elles, on retiendra que la place de l’individu est devenue centrale et prend toute sa valeur au sein du collectif. Et que ce collectif, dès lors qu’il est participatif, coopératif, collaboratif… gagne en créativité, en puissance et en promesse d’avenir.

 Karine LAFONTAINE pour L’Equipe BEEZ&CO

Crédit photos : Mayeux Photographies.

Un grand MERCI à Marion pour ses recherches venues enrichir cet article et à Cynthia pour avoir été notre « scribe » tout au long de la journée.