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Quand la femme entreprend

A l’occasion de la semaine de l’entrepreneuriat au féminin du 13 au 18 mai en France, j’avais envie de faire réagir 11 femmes sur cette expérience qu’elles vivent au quotidien. Elles sont de profils différents, indépendantes, chefs d’entreprises ou au stade de la création. Ce sont leurs regards sur l’entrepreneuriat qui m’intéressent, leurs convictions et la manière dont elles traduisent leurs valeurs dans l’exercice de leur métier de dirigeante. Leurs témoignages sur la Globosphère est une illustration concrète sous leur angle de vision de ce qu’est « Le Business sous un autre regard », celui d’une femme accomplie dans ses différentes missions. Cette semaine nous démarrons avec Valérie et Zehira .


valerie-blanchot-courtoisJe vous laisse découvrir l’interview de Valérie Blanchot Courtois, 
polytechnicienne, docteur en sciences, basée à Nice.

Pour commencer, quel est ton parcours professionnel en quelques mots ? et l’entreprise que tu diriges ?… Si j’essaye de résumer mon parcours professionnel en une phrase, je dirais que j’ai développé en 26 ans une expertise pointue en management de l’innovation responsable, que ce soit dans un contexte de laboratoire de recherche, de grand groupe, de PME et de start-up, dans l’enseignement supérieur via mon implication dans SKEMA Business School, et dans le milieu associatif. Mon parcours se décompose en 3 grandes périodes, qui se chevauchent les unes les autres :

  • Une douzaine d’années dans la R&D et le management de la R&D ;
  • Une quinzaine d’années dans le management ;
  • Une dizaine d’années dans l’entrepreneuriat au sens large, y compris dans le milieu associatif.

J’ai fondé en 2004 Human Ventures, cabinet de conseil en management de l’innovation responsable. Human Ventures est une société de conseil et de formation dont la mission est d’aider les dirigeants d’entreprise à créer de la valeur économique, humaine et environnementale en libérant l’énergie de leurs collaborateurs.
Je fais du conseil stratégique auprès de dirigeants de business units de grands groupes, de PME, de patrons de start-up que j’aide à (re)penser leur stratégie et à identifier des relais de croissance, et à les mettre en œuvre. Je m’appuie sur un réseau d’une dizaine de consultants seniors dans des domaines connexes au mien.

Pourquoi choisir d’être entrepreneure ? Est–ce différent d’être entrepreneure vis à vis de son entourage ou vis à vis de la société ?… Le choix de l’entrepreneuriat m’est apparu comme une évidence à un moment de mon parcours professionnel. Une fenêtre d’opportunité s’est ouverte, j’ai regardé à l’extérieur via cette fenêtre, j’y ai vu un soleil masqué par une brume matinale ; j’ai à peine réfléchi et je me suis envolée … J’y suis toujours presque 10 ans plus tard. Choisir l’entrepreneuriat, c’est reconnaître que l’on a des convictions, une certaine vision du monde tel que l’on aimerait qu’il soit et une envie de tenter d’apporter sa contribution à ce monde en changement par son énergie, ses compétences, sa capacité à convaincre, à transformer l’essai dans la durée. Etre entrepreneure, c’est s’assumer et assumer sa différence. C’est accepter de ne pas être dans une case. C’est se construire, se déconstruire et se reconstruire au quotidien. C’est douter pour mieux créer. C’est donner inlassablement son énergie au service des autres, de ses clients,  et de ses parties prenantes.

Pour toi, quelles sont les clés de réussite de l’entrepreneuriat ?   « Le but, c’est le chemin » (Goethe). L’essentiel est d’avoir des convictions, de les mettre en œuvre au quotidien et de s’y tenir. Il faut voir loin, et avancer pas à pas malgré les embûches et les difficultés. Apprendre de ses échecs et toujours rebondir. La clé de la réussite de l’entrepreneuriat, c’est sans doute d’y croire suffisamment pour avancer sans relâche mais avec suffisamment de recul pour éviter de s’enliser et préserver à chaque étape son énergie vitale. Sans énergie, il n’y a pas d’entrepreneur, ni d’entrepreneure.

Quelles sont les valeurs que tu défends en tant que chef d’entreprise ? As- tu le sentiment de réussir à les respecter au quotidien? … Le respect, de soi, des autres, du monde, comme principe fondamental. L’humilité. Le droit à l’erreur, comme source d’enrichissement. Le doute, comme force vitale. L’ouverture. Le droit de tenter de transformer des rêves en réalité. La liberté de penser et d’agir.

Quel regard portes-tu sur l’entrepreneuriat en France ? … L’entrepreneuriat est essentiel à la vitalité de l’économie d’aujourd’hui et au renouveau de l’économie de demain. Or, il n’est pas assez valorisé en France. On entend encore trop « il ou elle a entrepris faute de mieux ! ». On manque crucialement de ‘role models’ en France permettant de personnaliser l’entrepreneuriat dans ses multiples facettes, et tout particulièrement de ‘role models’ féminins. Quand arriverons-nous à valoriser l’échec comme source d’apprentissage plutôt que d’ostraciser ceux qui en sont à l’origine ? La clé est dans l’éducation ; nous avons tous un rôle clé à jouer, en tant que parent, enseignant, professionnel pour accompagner la jeune génération dans la voie de la création et de l’entrepreneuriat.

Quelles recommandations souhaites-tu partager avec quelqu’un qui veut franchir le pas ? … Avant tout écouter votre ‘petite voix intérieure’ et ne pas hésiter à vous lancer quand vous sentez que le moment est venu. Avant cela, se préparer en développant votre réseau relationnel et en le cultivant. Toujours partir d’un besoin non satisfait pour lequel vous pensez pouvoir apporter une solution. Ne pas partir seul. Bien choisir ses associés car s’associer en affaires, c’est se marier professionnellement parlant. Voir grand et voir loin. Ne jamais se décourager et se faire aider par ses pairs.

Merci Valérie pour ce partage d’expérience et de sagesse.

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Voici le témoignage de Zehira Telion, diplômée d’école de commerce, jeune chef d’entreprise, basée dans la région de Valenciennes.

Pour commencer, quel est ton parcours professionnel en quelques mots ? et l’entreprise que tu diriges ?    Issue de la grande distribution puis des services aux particuliers et aux entreprises, j’ai toujours créé ou participé à la création de nouveaux postes, de nouvelles Business Units. Fille d’entrepreneur, expatriée pendant 5 ans pour créer un centre de relation client outsourceur, j’ai eu envie de CREER à nouveau pour moi, pour les clients que j’ai choisis, en mettant à disposition les savoir-faire construits pendant 15 ans dans les domaines des RH , de l’organisation et de la qualité. Ainsi, j’accompagne aujourd’hui des entreprises, dont je partage les valeurs, dans leurs problématiques de développement de compétences et organisationnel : Recrutement, Evaluation de Compétences, Formation et Définition et Mise en œuvre de leur stratégie RH, Organisationnelle et Qualité.

Pourquoi choisir d’être entrepreneure? … Pour créer de la valeur ajoutée ! Partager des savoirs, savoir-faire ! Etre libre de choisir des projets qui ont du sens au regard de mes valeurs, des valeurs des entreprises clientes.

Est–ce différent d’être entrepreneure vis à vis de son entourage ou vis à vis de la société ? … Vis-à-vis de son entourage : l’entourage qui a vécu l’aventure de l’entrepreneuriat donne le sentiment d’avoir ainsi rejoint un « groupe à part », qui a vécu une ou plusieurs expérience(s) unique(s) en leur genre. Cet entourage se montre d’un coup très apporteur de conseils, de soutien, de provocations constructives pour contribuer à faire avancer le projet. L’entourage qui ne connaît pas cette expérience, ni directement ni par le biais d’un proche, semble plein de préjugés et d’incompréhension. Les échanges autour de la vie professionnelle sont devenus moins nombreux, moins riches. Des clichés demeurent sur le chef d’entreprise « vénal »…, et d’autres sur le fait qu’une femme chef d’entreprise c’est d’abord une femme…et l’entreprise ne semble devoir être qu’un « jouet »…C’est d’ailleurs chez les autres femmes que cette perception est la plus vive…

Pour toi, quelles sont les clés de réussite de l’entrepreneuriat ? … La CONGRUENCE du projet d’entreprise et de son projet de vie : valeurs, équilibre familial : première clé pour être un chef d’entreprise épanoui, heureux, prêt à affronter les bourrasques. Pour réussir son projet ensuite : pertinence du Business Plan en amont, puis pilotage rigoureux de sa trésorerie à court, moyen et long terme. Point essentiel : se faire aider, accompagner pour préserver sa prise de recul, sa créativité. Un facteur clé pour moi : considérer le marché et les concurrents comme favorables et jouer la complémentarité tout autant que  la différenciation : mes concurrents sont avant tout des partenaires, voire des clients !

Quelles sont les valeurs que tu défends en tant que chef d’entreprise ? … Etre Soi-même ! Etre enthousiaste et loyale : c’est dans la difficulté que l’on apprend le plus, c’est dans la différence que l’on construit la tolérance !

 As-tu le sentiment de réussir à les respecter  au quotidien? … Sans problème…mais cela a un prix. Il y a des prospects avec lesquels je choisis de ne pas travailler ou de limiter le travail …c’est ma première liberté de chef d’entreprise. Je pense que c’est le fait même de faire vivre ces valeurs qui me permet de fidéliser 100% de mes clients ! Ils savent que je les ai choisis, qu’ils peuvent compter sur moi pour aller au bout de leurs problématiques, même s’ils sont « coincés » sur le plan budgétaire : nous construisons les solutions ensemble.

Quel regard portes-tu sur l’entrepreneuriat en France ? … Des idées, des concepts, nous en avons. Des structures d’aide à la création aussi…certaines plus efficaces que d’autres selon le contexte de la création, le profil de l’entrepreneur. Comme pour une prestation de service quelconque, il faut prendre le temps de définir son besoin et de sélectionner ensuite la bonne structure. Par contre, que de freins au niveau des banques pour les femmes notamment…: pas besoin de financer un BFR, notamment s’il est lié à la rémunération de la dirigeante : son conjoint fera « bouillir la marmite » !! Autre point sur le financement des entreprises, la mise en place de la BPI gèle aujourd’hui tous les dispositifs publics ou parapublics de contre-garanties, comment permettre dans ces conditions de poursuivre le développement de l’entrepreunariat ?

Bref, si des structures d’aide existent, le nerf de la guerre que constitue le financement des entreprises me semble encore extrêmement complexe à gérer et donc peu favorable au développement d’une vraie culture entrepreneuriale en France. La volonté politique est-elle là véritablement ?

La France me semble être un terrain peu propice à l’entrepreneuriat dans sa culture même. L’aventure est souvent vue comme trop risquée, trop lourde en investissement temps….Un conseil de lecture : « Capitalisme et Protestantisme » de Max Weber.. : permettra de mesurer toute la différence culturelle entre les USA et la France sur le sujet!

L’entrepreneuriat au féminin, un petit constat : les femmes ont également du mal à se mobiliser pour construire leur réseau et perdent ainsi en visibilité sur le marché. Elles perdent aussi, je pense, en échanges qui leur permettraient de donner d’autres dimensions à leurs entreprises.

Quelles recommandations souhaites-tu partager avec quelqu’un qui veut franchir le pas ?

  1. Définir son projet de vie puis son projet d’entreprise
  2. Se faire accompagner
  3. OSER !

Zehira, merci pour cette sincérité et ce partage de convictions.

A la lecture de ces deux interviews, vous aurez noté que Valérie et Zehira sont des femmes engagées et qui assument leurs propos avec le souci de transmettre des valeurs de vie et de partager leurs opinions. Merci à vous deux, j’ai pris beaucoup de plaisir à vous lire.

Caroline VALENT

Développer un écosystème autour de son agence de comm’

photoA l’occasion du déjeuner que j’ai eu avec Vianney Bourgois et son associé Martin Tiberghien récemment, j’ai eu envie de les interviewer sur leur vision et surtout leur expérience de l’écosystème qu’ils défendent et qu’ils vivent au quotidien.

Au-delà de cette expérience concrète qui me semble un bel exemple de ce que peut apporter le fonctionnement en écosystème à une organisation, j’ai eu aussi le plaisir de ressentir l’enthousiasme qui les anime. Enthousiasme que l’on a tous envie de remettre en avant dans une période compliquée, comme l’écrivait Karine récemment sur Beez&Co.

L’exemple de Be Seen me semble très intéressant pour avoir des clefs de lecture de la force d’un système relationnel.

Bonjour Vianney,

Créée depuis 5 ans, Be Seen, dont l’équipe a un âge moyen de 27 ans, fonctionne sur un modèle totalement nouveau que tu aimes présenter : l’écosystème relationnel développé autour de ton équipe de créateurs et de développeurs. Bel exemple de ce que BEEZ&CO veut démontrer cette année !

Peux-tu tout d’abord nous expliquer ton parcours et la raison pour laquelle tu as choisi de créer Be Seen ?

J’ai fait des études de marketing et publicité au CELSA (Sorbonne) et une première expérience chez Publicis Activ, à Lille, au planning stratégique. J’ai toujours fait de la création graphique en parallèle. Pour pouvoir être à la fois stratège et créatif, je n’avais qu’une option : créer mon agence ! Je me suis donc lancé juste après mes études, et nous sommes une douzaine aujourd’hui.

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Quel est le métier de Be Seen aujourd’hui ?

Nous sommes une agence de communication traditionnelle, mais très orientée création et stratégie de marques. Nous faisons de la publicité, de l’édition, du web, du packaging et des points de vente. La moitié de nos clients sont des PME, l’autre moitié des marques nationales connues. Dans tous les cas, ce sont des marques en forte croissance.

Vianney, tu évoques souvent le fonctionnement en écosystème de Be Seen, peux-tu nous expliquer ce que tu entends par là ?

Le principe est simple : nous prenons chaque acteur de la chaîne et lui demandons de remplir un rôle inattendu. On demande à nos clients de nous trouver du business, et on fait en sorte qu’ils en fassent entre eux. On demande à notre banquier de former nos salariés à l’épargne, plutôt que de nous prêter de l’argent. Du coup on emprunte à des proches, et les sommes prêtées sont rémunérées selon le résultat de Be Seen. On informe même les créatifs du montant disponible sur les comptes, ce que beaucoup d’agences considéreraient comme une pollution de leur créativité.

Et pour toi, quelle est la création de valeur que cela apporte à ton entreprise et à ton écosystème ?

Cela permet de mettre tous les acteurs en éveil permanent et de s’attendre à ce qu’une bonne idée débarque de nulle part au moment le plus inattendu. C’est une excitation intellectuelle et relationnelle de tous les instants.

Si tu devais traduire la chaîne de valeurs que tu as construite avec ton entreprise, sur quels critères la mettrais-tu en avant ?

Simplicité, ouverture, curiosité et volonté de partager.

Lors de notre conversation, tu as évoqué les « afterworks » qu’organise Be Seen une fois par mois.  J’ai trouvé l’idée particulièrement intéressante car plutôt qu’une simple rencontre, ce sont de véritables mises en connexion que vous organisez. Peux-tu en décrire le principe ?

On a été un peu dépassés par le succès de ces soirées mensuelles et on les a mises en standby, mais le principe était de boire un coup en favorisant le business entre tous les gens touchant de près ou de loin à Be Seen. On fait désormais une ou deux grosses soirées par an, et on continue à multiplier les partenariats. Nous avons par exemple créé une marque de Champagne, Krusador Kasimir, qui est partenaire du lancement de la nouvelle BMW Série 3 GT. La fête promet d’être grandiose, et le fait qu’elle se fasse avec l’un de nos meilleurs clients est encore plus plaisant.

Vianney, à t’entendre parler de Be Seen et de toute cette intelligence relationnelle que vous développez autour… comment te sont venues toutes ces idées et qu’est-ce qui fait que tu es parti dans cette direction ?

Je ne sais pas, j’ai toujours cru depuis que je suis enfant que tout était possible, que tout était faisable. On vit dans un pays et à une époque où la créativité peut s’exprimer dans un nombre incroyable de business et où les seules limites sont celles que l’on s’impose bêtement. Rencontrer un inconnu et me dire qu’on va peut-être devenir riches ensemble, humainement ou financièrement, me surexcite. Je ne m’en lasse jamais.

Merci Vianney pour ces échanges très « oxygénants ». C’est avec plaisir que nous t’accueillons dans la communauté BEEZ&CO. Peut-être qu’à l’occasion de notre débat tournant du 2 juillet, aurons-nous l’occasion de t’entendre parler de ton expérience  qui présentera un panorama de différentes formes d’écosystème d’un point de vue stratégique, organisationnel et conceptuel.

Aurélie DUQUENNOY

Reprendre une entreprise industrielle aujourd’hui

Avec Jerôme Barrier, nous avons passé un déjeuner à échanger sur nos projets respectifs ainsi que nos expériences professionnelles passées.  A l’écoute de ton parcours et de ton choix de reprendre une entreprise, te donner la parole est l’occasion de partager avec notre lectorat cette démarche personnelle qui fait que tu es désormais à la tête d’une entreprise industrielle.

Devenir son propre patron, c’est un choix de vie. Savoir trouver l’entreprise à reprendre est un exercice de style particulier. Défendre l’industrie alors que nous la rejetons en France, c’est un vrai pari.

C’est pour toutes ces raisons que je souhaite que tu témoignes sur notre blog afin d’illustrer ce que peut être « Le Business sous un autre regard » pour un homme dirigeant formé aux hautes études de commerce … alors merci pour tes propos sincères.

Pour commencer, quel est ton parcours professionnel en quelques mots ?    Mon parcours professionnel est tout entier centré sur la PME industrielle : 7 ans dans l’industrie automobile, les 3 premières chez Citroën, le reste chez Heuliez, sous-traitant des grands constructeurs. Puis 16 ans comme Directeur du Développement économique de la Vendée, pour dynamiser et accompagner le développement du tissu économique du territoire, principalement composé de PME industrielles familiales, et pour implanter de nouvelles activités industrielles. Dans ce parcours, quinze années de Direction Générale après des fonctions de chef de produit et de directeur marketing et vingt années dans les PME.

Pourquoi reprendre une entreprise après un tel parcours ? Pour des raisons professionnelles mais aussi personnelles et philosophiques : prendre les rennes d’une entreprise « dont les fonds propres sont ses propres fonds » pour reprendre l’expression d’Yvon Gattaz, c’est d’abord se retrouver en position de responsabilité, sans filet de protection. C’est aussi pouvoir exprimer librement son potentiel, mener des projets, motiver des équipes, décider, agir, développer. C’est exercer son « métier d’homme » pour prendre une autre citation, du philosophe Alexandre Jollien cette fois.

Pourquoi choisir une entreprise industrielle ? D’abord une question de goût. J’ai toujours été attiré par la fabrication, le sentiment physique de la production manufacturière, la création de valeur ajoutée par la transformation des produits. C’est aussi un engagement. J’ai travaillé vingt ans dans un territoire, la Vendée, qui n’a jamais cessé de créer, année après année, de nouveaux emplois dans l’industrie ; l’industrie là-bas, ça marche, ça se développe, ça fait envie. Dans le Nord, l’industrie a beaucoup souffert et elle porte une image moins valorisante, parfois même crépusculaire. Ma conviction est qu’il y a une place pour une industrie française conquérante, innovante et productive. Je ne crois pas que notre industrie soit inscrite dans le déclin. A ma toute petite échelle, je serais heureux de le démontrer.


Sur quoi as-tu forgé tes convictions quand tu as choisi cette entreprise?
 Quels étaient tes critères de sélection ? Combien de temps faut-il pour trouver « l’Entreprise » à reprendre ? Je voulais une entreprise industrielle, avec une technologie à ma portée (je ne suis pas un technicien), une PME entre 30 et 70 salariés, localisée dans la métropole lilloise. Malip correspondait parfaitement à ces critères. Je voulais aussi pouvoir m’appuyer sur une équipe en place performante et motivée et de ce point de vue, j’ai été parfaitement servi, mieux encore que je ne l’avais imaginé après avoir rencontré l’équipe de direction, préalablement à la signature. La cerise sur le gâteau, c’est de pouvoir partager avec le cédant des valeurs communes, ce qui est d’un précieux secours pour gérer la phase de transition, nécessairement délicate.

Mon calendrier : j’ai commencé à chercher début mars 2012. J’ai rencontré M Abelé, le cédant, en avril. Nous sommes sérieusement entrés en négociation en septembre et nous avons signé le 19 décembre. Au total entre 8 mois et 4 mois suivant le décompte choisi. Un délai très court au dire des professionnels de la transmission.

Les avis sont partagés. Les médias laissent entendre que de nombreuses entreprises sont à reprendre, d’autres disent qu’il y en a peu en France ? Quelle est ton analyse au travers de ton expérience personnelle ?  C’est un marché déséquilibré. Il y a peu de PME sur le marché, c’est-à-dire déclarées à reprendre et qui ne soient à transmettre, ni dans la continuité familiale, ni à un cadre au sein de l’entreprise, ni à une autre entreprise ; autrement dit, il y a peu de place pour les repreneurs – personne physique. De plus, il y beaucoup de candidats, notamment beaucoup de cadres de grands groupes qui se positionnent à la suite de restructurations après s’être retrouvés sur le marché de l’emploi. Donc l’offre est largement inférieure à la demande. Enfin, le contexte de crise fait hésiter de nombreux cédants potentiels, qui craignent ne pas réaliser leur opération dans des conditions optimales.

Et pourtant il faudrait encourager la transmission qui est souvent l’occasion de redynamiser une affaire, en relançant l’innovation, l’export, l’investissement. « Mieux vaut céder que cesser » comme le dit un slogan du CRA (association de cédants et repreneurs d’affaires). A condition que le financement du rachat ne soit pas supporté exclusivement par l’entreprise.

Quelle est l’activité de ton entreprise ? Quels sont ses atouts pour se développer ?  Malip conçoit et fabrique des produits en composites souples et semi-rigides. Sa vocation est de protéger et mettre en valeur les produits de ses clients : sachets de présentation commerciale, supports de communication, blisters, produits techniques pour l’industrie et le secteur de la santé, couvres-cahiers, etc. Les technologies développées sont la soudure haute-fréquence et ultra-sons, le thermoformage, l’impression numérique et la sérigraphie.
Ses atouts actuels reposent sur son agilité industrielle, sons sens du service et de la qualité (Malip est certifiée ISO 9001) et sa capacité à répondre aux besoins du marché, notamment dans les grandes séries de production. Son développement potentiel s’appuiera sur son bureau d’études et d’innovation, sa spécialisation dans des productions à forte valeur ajoutée, sa capacité à proposer de nouveaux produits au marché.

Tu as pris tes fonctions en janvier 2013. Comment vit-on les premières semaines quand on reprend une entreprise ? Il faut gérer trois emplois du temps à la fois : celui d’un chef d’entreprise qui doit gérer le quotidien, préparer l’avenir, ce qui en général occupe déjà pas mal ; celui de quelqu’un qui découvre tout (la culture de l’entreprise, les hommes et les femmes qui la composent, son business model, sa technologie, son marché, ses clients, ses fournisseurs, bref un nouvel univers où il y a tout à apprendre) ; enfin celui de quelqu’un qui doit conduire le changement, sans doute le plus difficile des trois. Le stress réside dans le fait de mener de front, simultanément, ces trois agendas, en essayant de se tromper le moins possible. Mais en même temps c’est un vrai bonheur et pour moi la confirmation, chaque jour, que ma motivation profonde était bien dans le choix que j’ai fait.

L’ancien dirigeant est-il toujours présent  dans l’entreprise? Comment gère-t-on la transition au sein de l’entreprise ? Entre l’ancien et le nouveau patron? La transition se déroule en trois temps : en janvier, j’ai laissé l’essentiel du pouvoir au cédant, ce qui m’a permis d’apprendre et d’observer. Le véritable transfert des pouvoirs s’est fait début février. M Abelé m’accompagne jusqu’en mai à temps partiel puis restera actionnaire minoritaire pendant encore plusieurs mois. Cette transition par étapes est une heureuse solution mais n’est rendue possible que parce que nous partageons largement des valeurs communes.


L’entreprise a moins de 50 salariés ; comment ont-ils appris la nouvelle ? 
Quelles ont été leurs premières réactions ? Ont-ils des attentes particulières vis-à-vis de leur nouveau patron ? Le mieux serait de leur demander … Ils ont appris la nouvelle par étapes car le cédant a été très transparent. De ce fait ils étaient dans l’attente et espéraient le changement. J’ai reçu un accueil très chaleureux, sans doute un peu angoissé au départ mais la confiance réciproque s’est très vite instaurée. Ils attendent bien sur de moi que j’apporte un nouveau développement pour l’entreprise à laquelle ils sont très attachés.

Quelles sont les expériences marquantes de ton parcours qui te servent dans le choix que tu as fait aujourd’hui ? C’est l’expérience au sens large, faite de la sédimentation de milliers d’expériences, qui est utile. C’est elle qui permet de décider, de rester lucide, d’avoir une vision et de garder sa sérénité. La gestion d’une équipe de quarante personnes pendant quinze ans a été une expérience irremplaçable. La combinaison de la pratique du management et de formations à la maturité personnelle on constitué un apport décisif. Mon expérience en Vendée, sous la houlette d’un décideur charismatique, tout à la fois homme de projets et de convictions, a été d’une richesse exceptionnelle.

Depuis deux mois que tu as repris, as-tu été surpris? Quelle a été la première action que tu as mise en place en arrivant ?  Surpris pas vraiment car j’avais réalisé un diagnostic précis de l’entreprise et de son business model afin de bâtir un projet. Je dirais plutôt que j’ai été « dépassé » par mes prévisions : tout est plus extrême que prévu, les bons comme les mauvais côtés. J’ai d’abord communiqué avec les équipes de l’entreprise. C’est essentiel. Mes premiers changements ont été dans l’ordre de la gestion ; aujourd’hui je vais me concentrer sur la politique commerciale.

Avec ce début d’expérience, quelles idées souhaiterais-tu transmettre à ceux qui souhaitent reprendre une entreprise ? Il faut avoir de la motivation et de la conviction. C’est une expérience extraordinaire et enthousiasmante. Mais elle consomme un peu d’énergie …

Cette interview est la première de la série « Entreprendre ». Mon idée est de suivre l’aventure de Jérôme Barrier et de son entreprise. Je vous donnerai à nouveau rendez-vous dans quelques mois pour en savoir plus sur leurs évolutions … à suivre

Caroline VALENT

Ecosystème ? Le point de vue de deux jeunes créateurs d’entreprise

Durant ce mois de mars, nous (les 12 étudiants de l’Iteem associés au projet BEEZ&CO dans le cadre de notre programme pédagogique de 5ème année) donnons rendez-vous à des décideurs de tous horizons choisis de façon aléatoire afin de réagir sur les Ateliers de Controverses prévus le 2 juillet 2013 dans le cadre de la Journée BEEZ&CO, Le Business sous un autre regard.


Meriem Boudokhane
 et Tom Gauthier ont participé à une des 3 rencontres programmées ce mois-ci. Nous  (Clémence, Raphaël, Sophie et Souad), le groupe reporter, avons choisi de les interviewer parmi les 4 participants. Ils partagent leur retour d’expérience  après avoir interagi aux questions posées par le groupe d’animateurs (Arthur, Come, Clément, et Gaël) lors du premier focus groupe du 7 mars. Nous tenons à remercier Meriem et Tom d’avoir joué le jeu et donné de leur temps pour répondre à nos questions.

Meriem 27 ans, jeune entrepreneuse active, dirige une société de soutien scolaire et est actuellement en incubation sur un autre projet de création d’un logiciel de gestion. Elle est également bloggeuse pour «startup story».

Tom,  30 ans, a lancé son entreprise V-Cult il y a 3 ans. Avec son équipe, il développe une plateforme web social 3D sous le nom et marque Beloola. Ils terminent la phase de développement  R&D et préparent le lancement commercial. Beloola est un écosystème virtuel, un monde social pour les contenus culturels.

Vous avez partagé vos points de vue sur l’intérêt de traiter le sujet écosystème pour vous en tant que décideurs, quels sont vos ressentis après cet échange ?

Tom : Il est vrai que cet échange était très constructif. On ne pense pas forcément à la notion d’écosystème quand on est dedans tous les jours. Il est par contre intéressant de noter que Meriem et moi-même travaillons sur des modèles d’entreprises plutôt similaires ce qui n’a pas favorisé la confrontation. Je pense qu’il serait plus intéressant à l’avenir de diversifier le panel de personnes. Ces différences créeront des oppositions et cela renforcera la valeur ajoutée d’un débat comme celui-ci. Cependant nous avions deux autres personnes d’une génération différente de la nôtre (plus âgée), nous voyons bien que le raisonnement n’est pas le même sur la même notion.

Meriem : Je suis d’accord avec Tom, il est important de renforcer la diversification dans un débat comme celui-ci pour créer la controverse. Nous avons la même vision de l’entreprise avec Tom ce qui renforce nos liens sur ce sujet et ne nous oppose pas. Comme l’a dit Tom, il serait pertinent de varier les âges au delà des métiers et tailles d’entreprise.

Nous avons beaucoup échangé sur les notions d’écosystèmes en externe mais qu’en est-il pour vous en interne ?

Tom : Dans notre société, nous sommes plus agiles en interne. Nous sommes une quinzaine désormais. Nous avons des pôles ingénieurs, des pôles docteurs, et des pôles développeurs. Ils travaillent  en écosystème par département /cercle d’expertise, que l’on pourrait qualifier de « sous-écosystèmes ». On a besoin les uns des autres pour avancer, une entraide est nécessaire pour que chaque département avance à son rythme tout en aidant les départements qui l’entourent. Ils sont interdépendants.

Meriem : On a une stratégie plus transverse, on attache beaucoup de valeurs à ce que les acteurs de notre écosystème se dépassent et repoussent leurs limites. On attache de l’importance à la liberté de l’individu dans le sens où il va pouvoir changer de pôle pour exploiter d’autres connaissances dans un autre. On laisse évoluer l’individu dans son sens car plus il sera épanoui et meilleur sera la rentabilité professionnelle et sociale au sein de son écosystème.

Tom : c’est une manière de penser et de fonctionner intéressante mais c’est vrai que pour une société comme la mienne il est beaucoup plus difficile de fonctionner comme cela car les départements reposent sur des connaissances requises précises. L’écart est important c’est ce qui crée leur complémentarité.

Nos deux jeunes entrepreneurs ont bien conscience du monde qui les entoure et de l’écosystème dans lequel ils vivent et interagissent. Leurs deux  témoignages prouvent que leur génération fonde le développement  de leur organisation sur la création de valeurs en utilisant son écosystème naturel , voire même en créant son propre écosystème. La notion d’Ecosystème n’est pas dans leur pensée au quotidien, mais à y réfléchir ils savent pertinemment qu’ils en ont besoin, ne serait que pour une question de survie.  C’est une question de réflexe… naturel.

Ce premier panel composé de 4 personnes a mis en avant deux idées : la nécessité de diversifier les générations de décideurs dans une démarche de controverse, l’intérêt d’interpeller les décideurs sur la question du développement de nos entreprises en écosystème, ne serait ce que pour inciter à réfléchir à ce paramètre naturel de nos organisations…. Il reste à savoir l’identifier et l’utiliser sans doute… ce qui ne semble pas être une difficulté pour nos deux jeunes entrepreneurs.

Clémence, Raphaël, Sophie, Souad.

Sophie, Laurent, et les femmes remarquables… du Nord !

Nous nous permettons un petit coup de projecteur sur une belle idée, aujourd’hui concrétisée en projet : Le livre et l’exposition de Sophie et Laurent Mayeux, Femmes remarquables du Nord.

Sophie et Laurent Mayeux développent ensemble leur propre studio photo situé en plein cœur de la métropole lilloise. Ils interviennent en entreprise en communication corporate et publicitaire. Sur l’impulsion de Sophie, ils ont décidé de mener un projet d’auteur pour mettre en lumières trente femmes de la région qui ont une action à remarquer, elles sont remarquables.

Toute l’équipe de BEEZ&CO soutient cette initiative ! Rencontre avec Sophie, passionnée, pour en savoir plus sur ce beau projet !

La genèse de ce projet

« Femmes Remarquables de la région est un projet qui nous tient à cœur et que nous portons depuis deux ans maintenant. Ce projet est né de mon expérience et de mes questionnements. Comme beaucoup de femmes, je me partage entre mon travail, mes enfants, ma maison, ma vie sociale. j’ai parfois l’impression d’avoir le cerveau rempli de « post-it » pour ne rien oublier. J’ai été confrontée à un certain nombre de situations et de sentiments qui me renvoyaient chaque fois à ma condition de femme, notamment dans mon ancien milieu professionnel. La place et le rôle de la femme me questionnent. Je suis attentive à ce qui lui arrive, contente de ses avancées et chagrinée de ses reculs. Je suis a l’affût de tout ce qui concerne les femmes, je lis, j’écoute, je regarde. C’est donc naturellement qu’un travail sur les femmes s’est imposé à moi. J’ai décidé de le réaliser avec Laurent, car il m’a semblé intéressant d’intégrer un regard d’homme dans ce projet de femmes. Je suis de plus en plus persuadée que la cause des femmes avancera si et seulement si elles marchent avec les hommes, et non pas contre eux.«

Porter un regard positif sur les femmes

« Le Nord-Pas-de-Calais est souvent mis en avant pour son dynamise dans de ombreux domaines : finie l’époque où ce territoire cristallisait tous les maux et difficultés. La région n’a pas renié les valeurs qui l’ont construite : le courage, l’esprit d’entreprendre, la ténacité, l’humilité. Tout simplement un certain refus de la fatalité. Des femmes travaillent au quotidien sur ce territoire, dans les domaines économique, culturel, sportif, politique, scientifique, sociétal, environnemental… Elles incarnent les valeurs de la région, elles sont remarquables. Nous avons souhaité leur rendre hommage et surtout les montrer. Nous avons choisi une trentaine de femmes peu ou pas connues du grand public qui ont créé ou repris une entreprise, une association, se sont engagées en politique, dans l’art, le sport ou le milieu médical. Elles sont un maillon essentiel d’un processus qui n’existerait pas sans elles. Chacune a simplement osé se mettre en action.«

Une exposition et un livre

« Ce travail se concrétisera par une exposition de ces trente portraits de femmes qui tournera dans la région et un livre qui racontera le parcours de chacune d’elles. notre souhait est que cette exposition soit visible dans le plus de lieux possibles. Ces femmes doivent être vues et regardées. Je veux montrer la formidable énergie qu’elles transmettent. C’est ma modeste contribution à l’avancée de la place de la femme dans la société.«

Et notre modeste contribution est de vous encourager à découvrir et à aimer le projet sur leur page Facebook, et, si possible pour vous, à soutenir concrètement le projet :).

Nous ne manquerons pas de continuer à suivre de près cette aventure humaine, riche de sens ! Bravo Sophie et Laurent !

L’équipe BEEZ&CO

Pour en savoir plus sur Sophie et Laurent Mayeux : https://studiomayeux.wordpress.com/

Portrait de Caroline Valent

« Que l’intention devienne réalité  » est sa devise depuis longtemps.

CVA-150x150Créatrice et développeuse, commerciale et dirigeante, femme et chef d’entreprise…

Depuis vingt ans Caroline construit des projets fédérateurs et générateurs de sens.  Remarquée pour son esprit ouvert et pionnier, elle a participé à la seconde phase de développement d’une marque de crème glacée, grandi aux commandes d’une start-up des télécommunications, lance une activité de centre d’appels en Tunisie, puis en France, pour un grand acteur de la vente à distance. Caroline est de celles (et ceux) qui sont convaincus que le savoir-faire se forge avec l’expérience, que cette dernière donne du sens à la connaissance et nourrit le savoir-être. D’origine méditerranéenne, née à Paris et lilloise d’adoption, sa vie est faite de découvertes et de rencontres. « Tout cela ne serait pas arrivé si je n’avais pas rencontré des personnes qui osent, bougent, prennent des risques, assument leur différence et donnent avec générosité ».

La vie a voulu qu’elle rencontre Anne Lucie à un moment où rien ne présageait une telle rencontre, qu’un homme décide de la mettre en contact avec Aurélie, pressentant qu’elles avaient des choses à réaliser ensemble, et que Karine décide de parier sur ses idées, inspirée, non par unique intérêt mais en suivant son intuition. C’est avec un œil exercé que Caroline porte un regard sur le monde qui l’entoure.

En créant, BeeZ, une nouvelle génération de cabinet de conseil, elle défend ses convictions professionnelles. En concevant BEEZ&CO, elle contribue au changement en partageant une « intelligence dans le business ».

BEEZ&CO