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Observatoire Big Data autour de la Performance.

Performance ? 

La notion de Performance n’a jamais été aussi omniprésente dans le monde professionnel comme dans la vie privée. Pourtant, arriveriez-vous à la définir? Nous avons interrogé plusieurs passants dans les rues de Lille. Résultat? Autant de définitions que d’individus !

 

 Performance où es-tu?  

Thème 2015 de la Journée BEEZ&CO, le business sous un autre Regard, le 30 juin, nous lançons dans cette perspective un observatoire big data autour de la performance. Sur la base d’un recueil de mots utilisés par les répondants, nous présenterons les résultats pour ouvrir le débat.

Et, vous quelle est votre définition? Communiquez la nous
Chacun a sa propre définition en lien avec sa propre expérience. Nous avons besoin de votre point de vue pour nourrir la réflexion. Faites partie de ce grand nombre à nous communiquer votre avis sur 
Plus vous êtes nombreux, mieux c’est …alors après avoir répondu, n’hésitez pas à partager !

Si vous souhaitez recevoir les résultats de cette consultation et aller plus loin avec la Performance:

Inscrivez-vous à La Journée BEEZ&CO du 30 Juin ici.

Café Numérique diffuse sa passion pour les nouvelles technologies dans les villes

jeremy corman et caroline valent echangent sur linkendIn1276045_588988474481118_149180146_oOn s’est rencontré par les réseaux sociaux. Jeremy Corman m’invite à se connecter et m’interpelle sur son projet. il est un des fondateurs et organisateurs des Cafés Numériques en Belgique. Depuis leur création le mouvement s’étend dans les villes belges et au delà des frontières.
Après notre échange c’est tout naturellement qu’il me semblait important de pouvoir promouvoir cette action et aider à détecter des potentiels organisateurs en France en particulier à Lille. Il a accepté de se prêter au jeu de l’interview. Merci Jeremy pour ton témoignage.
885805_595532577160041_1770569860_oPourquoi lancer la communauté Café numérique ? 
La communauté Café Numérique est déjà en marche depuis 2009. En effet, la communauté a rencontré une croissance organique jusque 2012. Depuis 2 ans la communauté Café Numérique se structure afin de pouvoir continuer à délivrer de la valeur à ses organisateurs et participants. Cette « structuration » à deux objectifs qui sont intimement liés : le soutien à la croissance et l’apport en valeur.
Le premier consiste à l’accueil de nouveaux organisateurs motivés dans de nouvelles villes et tout ce qui en découle : briefing, suivi, setup technique, réponses aux questions, etc.
Le deuxième, « l’apport en valeur » a pour objectif d’assurer une cohérence de marque entre les divers chapters existants afin de conserver un esprit qui rayonne pour l’ensemble des Café Numérique présents dans les différentes villes. De plus, cette structure permettra de concrétiser des partenariats qui permettront de continuer à soutenir les différentes équipes d’organisation via une variété de ressources et outils.
Pourquoi l’étendre dans d’autres villes ? 
Depuis 2009, la mission du Café Numérique est de promouvoir la technologie et l’innovation au plus grand nombre. Dans cette optique, l’accueil de nouvelles villes permettra de conclure de nouveaux partenariats qui nourriront à leur tour le développement des communautés Café Numérique locales, d’où le lien intime entre « croissance » et « valeur », mentionné plus tôt.
 
10155982_677267328986565_281043254_nLille est une ville déjà active sur le numérique : que peut apporter Café Numérique de plus ?
La proposition de valeur d’un Café Numérique est de pouvoir susciter le partage de connaissance autour de la technologie et de l’innovation dans une atmosphère décontractée : Learn, Network, Enjoy. Café Numérique évolue d’une part grâce à ce positionnement unique (« entre le bar et la conférence ») au sein de la sphère tech, et d’autre part grâce aux différents outils mis en place (logo dédié à la ville, site Internet dédié, adresses e-mail pour les organisateurs, un compte premium Tweetwall Pro…). La licence et l’usage de ces outils sont entièrement gratuits pour l’ensemble des organisateurs Café Numérique. De plus, l’organisation centrale Café Numérique se tient à la disposition de ses organisateurs pour répondre à toutes les questions.
De cette manière, Café Numérique arrive à construire une communauté tech « from scratch » ou encore à soutenir l’émulation de la communauté tech déjà présente dans une ville.CafeN-01
Qu’est-ce que tu aimerais qu’on dise du mouvement Café Numérique ?
Qu’en venant au Café Numérique, les participants bénéficient gratuitement d’un accès à un contenu intéressant, que l’interaction entre participants, orateurs et internautes y est permanente et puis qu’on s’y amuse bien !

Consultante-entrepreneuse & Fondatrice-membre de la communauté  BEEZ&CO

Le changement en entreprise

2 Dans le cadre de ses études, Samuel Le Goff, étudiant à l’École Centrale de Lille, a choisi de réaliser une interview de Caroline Valent, co-fondatrice de BEEZ&CO, sur le thème de la mise  en place du changement dans l’entreprise. C’est avec grand plaisir que Caroline a accepté de lui faire part de son expérience et d’évoquer son sujet de prédilection, le changement !

Pour commencer, Caroline, peux-tu me parler de ton parcours professionnel et de ce que tu fais actuellement ?

J’ai été dirigeante et je suis aujourd’hui chef d’entreprise, consultante et agitatrice. Cela fait 20 ans que je travaille : j’ai fait un parcours classique, prépa HEC puis école de commerce. Dans l’école, dès le départ, je voulais me rapprocher de la vente : ma passion, c’est le client.

J’ai d’abord fait mes armes dans l’agroalimentaire, en France, chez Häagen-Dazs, une marque de crème glacée. Cela m’a permis d’apprendre les techniques de vente et de négociation, et surtout de me rendre compte de l’importance du client.

Puis j’ai rejoint une start-up de télécom. J’ai vécu l’euphorie de la libéralisation du marché télécom. C’est là que j’ai fait mes premières armes de manager, en créant une business unit. Lors de mon dernier poste, je faisais partie des premiers à tester la vente à distance de services Internet et mobile.

Début 2000, j’ai rejoint le groupe 3 Suisses International. L’enjeu, c’était de basculer du papier vers le numérique. Mon job a d’abord été de commercialiser tout le savoir-faire du groupe auprès des pure players qui arrivaient : je leur disais « Occupez-vous de votre offre et de votre communication, nous on s’occupe de la logistique, de la prise de commande par téléphone, de la gestion des colis etc. ».

Après, j’ai lancé Mezzo, une filiale de centre d’appels, surtout de relation client. J’ai démarré en Tunisie, et un an et demi après, j’ai ouvert en France, à Bordeaux et à Toulouse. Depuis, Mezzo est une belle pépite pour le groupe 3 Suisses.

J’ai quitté 3 Suisses dans un contexte particulier, puisqu’en 2008 a éclaté la crise des subprimes. En même temps, le groupe cumulait une autre crise : le président qui m’avait embauchée est décédé brutalement, on est resté sans président pendant 6 mois. Le groupe a donc vécu une crise organisationnelle et une crise économique, sachant qu’il ne se portait pas forcément bien : les 3 Suisses, tout comme La Redoute, sont des sociétés qui n’ont pas réussi à faire rapidement leur reconversion par rapport au numérique.

Ensuite, j’ai voulu créer ma propre aventure : j’ai créé BeeZ, un cabinet de conseil, il y a 5 ans. Notre job avec Damien [Selosse] est d’accompagner les chefs d’entreprise et dirigeants pour trouver la stratégie qui correspond à leur enjeu de marché, sachant que nous sommes en pleine mutation : révolution digitale, environnementale, avec un changement radical des comportements du consommateur.

J’ai voulu aussi défendre mes convictions : face à cette période de mutations, j’ai considéré qu’il était important d’accélérer le changement. Dans les organisations, on dit qu’il faut fonctionner d’une certaine manière, mais ça ne marche plus : peut-être y a-t-il d’autres formes d’organisation, d’autres manières de créer de la valeur. Il y a 2 ans, j’ai donc créé le mouvement BEEZ&CO, Le business sous un autre regard. Aujourd’hui, c’est une communauté de décideurs de tous types qui pousse la question du changement. L’objectif est, sous forme d’un cercle de réflexion, de pousser la réflexion sur des sujets un peu provocateurs et insolubles, d’où le nom de La Quadrature du Cercle. Mais pour nous, la réflexion est au service de l’action : par exemple, on a un territoire d’action autour de l’éducation et de l’enseignement, où on mène des expérimentations avec des étudiants, de l’Iteem notamment, autour de questions telles que : comment s’organiser autrement ? Comment travailler autrement ?

Et comme je suis une entrepreneuse et que j’ai peur de m’ennuyer, derrière le développement de BeeZ, on s’est rendu compte que des clients voulaient qu’on puisse les aider au-delà de la stratégie à mettre en œuvre : on a donc créé un département il y a quelques mois ; il s’agit d’une nouvelle forme d’agence de développement.

Par ailleurs, j’ai un autre combat à titre personnel : je suis sujette à l’intolérance au lait, aux œufs, au gluten et aux sulfites. Je suis donc en train de réfléchir à lancer mon entreprise sur ce sujet.

Qu’est ce qui peut pousser une entreprise à mettre en place une réforme ? Tu as déjà parlé du contexte économique, éventuellement des avancées technologiques…

D’après mon expérience en France, le réflexe français est d’être face au mur : c’est typiquement l’histoire de la Redoute et des 3 Suisses, ou de Kodak, qui en est mort d’ailleurs ; ils n’ont pas su voir que le monde et le client changeaient.

Un exemple : les VPCistes. Leur métier, c’est de vendre à distance sur du papier. Depuis 1930, ils évoluent avec la sociologie (émancipation de la femme après les deux grandes guerres notamment) et passent au prêt-à-porter. Puis il y a 25 ans, Internet arrive en France.  À l’époque, tous les dirigeants et managers se chamaillent pour savoir où mettre Internet, c’est-à-dire, où le figer dans une organisation pour avoir le pouvoir dessus. En aucun cas ils ne le considèrent comme une révolution : pour eux c’est juste un nouveau canal de vente. Finalement, ils ont juste dupliqué le catalogue papier en numérique. À aucun moment ils n’ont imaginé que le client était en train de changer et qu’il fallait peut-être retravailler la proposition d’offre fondamentalement. Beaucoup de dirigeants ont dit que le e-business n’existerait jamais.  Comme aujourd’hui : beaucoup de personnes disent que le big data n’existe pas.

Certains ne veulent pas voir la révolution qui est en cours. Des personnes comme nous essaient de leur faire comprendre que le sujet n’est pas de savoir si cela va marcher ou non : la révolution est là et c’est à vous de changer, sinon, vous ferez partie de ceux qui seront morts. La révolution digitale a radicalement modifié le comportement de tout le monde : on a tous un mobile aujourd’hui. Dans une journée, selon ta situation, ton humeur, tes envies, tu peux faire ce que tu veux : acheter, communiquer, t’informer… Un téléphone n’est plus un téléphone, c’est un mini-ordinateur. Il devient un élément contextuel et situationnel qui te suit dans ta vie, mais certaines entreprises n’ont pas vu ça. Pendant ce temps, en moins de 10 ans, un Google, un Amazon, un Facebook émergent et deviennent les acteurs les plus puissants du monde.

Quels peuvent être les obstacles à un changement dans l’entreprise ?

Ce sujet mène à la question de l’innovation. Selon mon point de vue, la technologie pour la technologie n’a aucun intérêt. Elle doit être au service de l’individu : si elle ne répond pas à un besoin, ça ne marchera pas. Il existe trois types de situations d’innovation :

– Première situation : je connais le problème et la solution : je vais chercher une solution toute faite qui répond au problème. Ce n’est pas une situation de changement, ni de rupture : on reste dans ses habitudes.

– Deuxième situation : je connais le problème, mais pas la solution : je sais que si je ne change pas, ça va être difficile de continuer. On est dans une situation où il faut réfléchir autrement : il faut être créatif, aller voir en-dehors du secteur, et accepter, soit qu’on ne fera pas partie de la solution, soit qu’il faudra changer dans son comportement. Par exemple, quand j’ai créé Mezzo, tout le monde disait que c’était un centre d’appels. Sauf que le numérique est arrivé : il a fallu que je sache traiter les chats, les SMS, les mails… À ce moment, j’ai deux solutions vis-à-vis de mon manager : soit je prends quelqu’un d’autre, soit je lui demande d’apprendre un nouveau métier et de se réinventer.

– Troisième situation : je ne connais ni le problème, ni la solution : je suis donc dans une situation de rupture. À un moment donné, c’est le vide et il faut recréer une histoire, comme si on créait une start-up. Beaucoup de marchés sont parvenus à leur terme aujourd’hui : il faut qu’ils trouvent leur solution pour pouvoir rebondir. Par exemple, on a reproché aux dirigeants de Kodak de n’avoir pas su aborder le virage numérique alors qu’ils en avaient la vision.

Est-ce dur à faire passer au niveau des employés ? 

Les employés sont les moins embêtants, car ils ont du bon sens. Ce  sont surtout les managers et dirigeants qui donnent du fil à retordre, car ils veulent tout maîtriser, et s’ils sentent que leur poste peut être remis en cause, ça devient compliqué : on touche des questions de pouvoir. Ceux qui sont sur le terrain connaissent bien la réalité du client et donc s’adaptent.

Selon toi, c’est là que l’intérêt d’une société de conseil réside ?

Oui et non. Dans le domaine du conseil, c’est toujours mieux d’être à plusieurs que tous seuls. BeeZ fait sens quand le client me dit que je l’ai fait grandir, voir autrement, comprendre où sont ses clés de succès. Par contre, le conseil n’est pas intéressant quand il donne des solutions toutes faites.

L’enjeu de notre époque, c’est l’appropriation comportementale. L’individu doit comprendre qu’il est capable d’être créatif  et innovant, qu’il a tout en lui et qu’il peut trouver des solutions qu’il n’imaginait pas en s’ouvrant aux autres, en allant puiser dans ses équipes, c’est-à-dire en travaillant de manière collaborative, en décloisonnant son métier. Son enjeu, c’est de s’ouvrir complètement au monde. C’est une démarche d’ouverture, une manière d’aller voir autrement, mais ce n’est pas la seule solution. Il faut avoir aussi une démarche de veille, de rencontre, sortir de son bureau, de son PC…

Selon toi, quelle est la clé d’une réforme réussie ? Comment faire en sorte qu’elle soit bien acceptée par les employés, ou par les chefs d’entreprise ?

Il faut mettre du sens. Je te conseille de regarder la vidéo de Simon Sinek : il évoque le « why », et prend des exemples connus pour tenter de comprendre pourquoi toute une communauté s’est créée autour d’Apple, pourquoi Martin Luther King a fait réunir des milliers de personnes à un endroit et à un moment précis : pourquoi un tel engouement ? Parce que les gens y vont pour eux-mêmes, parce que ça fait sens pour eux, parce qu’ils se sentent valorisés au travers de ça. Les choses réussissent à partir du moment où le dirigeant aborde sa stratégie en mettant du sens dans ce qu’il veut faire : il faut qu’il sache défendre son combat et apporter à son client une réponse. Le mass marketing n’est plus efficace : il faut un marketing où on est vraiment capable de mettre toute l’entreprise dans le sens et savoir ce qu’on veut apporter au client et au collaborateur : le collaborateur suit s’il sent qu’il y a du sens.

Un exemple : un des clients de notre centre d’appels propose un catalogue de vêtements pour personnes très senior. Il décide de faire à Noël une campagne de marketing direct par mailing : si vous commandez, vous avez ce cadeau PlayStation. L’image n’était pas explicite et les grand-mères ont cru que c’était une vraie PlayStation qu’elles pouvaient offrir à leurs petits-enfants, alors que ce n’était qu’un porte-clés. Notre client aurait dû réfléchir à cette opération en remettant du sens sur sa promesse vis-à-vis de sa clientèle, sur la relation qu’il voulait construire : ne pas rester enfermé dans son bureau et consulter ceux qui sont au contact du client. Les équipes de cette entreprise croiraient un peu plus à la marque. Si tu n’es pas en cohérence de bout en bout entre ce que tu veux réussir à produire chez ton client et la manière dont tu vas organiser ton entreprise pour réussir, le risque c’est d’essayer de faire croire à des gens que ce qu’ils font c’est génial alors qu’ils n’y croient pas.

Par exemple, le plus gros problème de McDonald’s, c’est de réussir à maîtriser le turn-over des jeunes. Les jeunes voient ça comme un job temporaire, et donc McDonald’s n’arrive pas à recruter des managers. Il n’y a aucune place pour l’autonomie, c’est un job de production comme dans une usine ! Si McDonald’s veut fidéliser ses équipes et produire des futurs managers, encore faut-il que les managers aient des équipes qui puissent contribuer à l’entreprise, par exemple, en participant à la réflexion sur les futurs menus.

Quelles sont les compétences que doit acquérir un manager pour réussir à mettre en place des changements au sein d’une entreprise ?

Avant des compétences, il faut un savoir-être : un manager ce n’est pas une compétence, c’est d’abord une personne qui aime s’intéresser aux autres, qui sait qui il est, qui a une vision des choses et va capitaliser sur le comportement, l’expérience, mais qui va y mettre du sens et qui va aller chercher l’organisation qui correspond le mieux à un contexte.

Manager, c’est véritablement aimer les hommes : il faut savoir  communiquer, accompagner, écouter, être patient, il faut avoir l’œil aiguisé, sentir les potentiels, organiser, gérer, il faut savoir surtout faire confiance et donc SE faire confiance. Il y a plusieurs types de management qui dépendent du contexte : autoritaire, empathique, participatif… Il n’y en a pas un mieux que l’autre selon moi. Manager, c’est savoir orchestrer son équipe en fonction des compétences et surtout en fonction du contexte, du résultat qu’on veut atteindre et du sens que l’on veut mettre. Si on ne lui donne pas d’objectif, si on ne lui explique pas sa stratégie, un manager aura du mal à manager. Pour orchestrer, il faut avoir une organisation, une structure et une vision.

Merci à Samuel pour son travail de journaliste et à Caroline d’avoir fait partager sa vision sur le changement !

Inviter la nouvelle génération à apprendre du monde qui l’entoure

Interview de Christophe Sempels,

professeur de stratégie et de développement durable à Skema Business School 

Bonjour Christophe,

J’ai eu la chance de participer au lancement de ton projet pédagogique innovant que tu as lancé le 11 octobre à Lille, Nice et Paris. En partageant ce moment et suite à nos différentes discussions autour de la construction de ce projet ambitieux et d’envergure, d’évidence ton témoignage peut inspirer d’autres à oser enseigner autrement en intégrant les enjeux de demain. Ton regard sur l’évolution de notre monde, la manière d’appréhender notre économie de demain et ton invitation à  « une mise en tension d’une pratique managériale/d’une situation d’entreprise par un ou plusieurs enjeux du développement durable » sont autant de raisons qui m’incitent à te donner la parole.

Comment t’es venu l’idée de ce projet pédagogique dont le fondamental repose sur une enseignement apprenant ?

Ce projet pédagogique est né de Movilab, un dispositif d’incubation de modes de vie durable in vivo. Dans le cadre des activités de Movilab, nous incubons à Mouans-Sartoux une télévision citoyenne participative, qui place la participation citoyenne et l’émancipation des publics (passage d’un statut de “consommateur” passif à un statut de “contributeur” actif) au cœur du dispositif. Ainsi, si le média et l’approche télévisuelle citoyenne sont les supports avec lesquels nous travaillons, ils ne sont que des prétextes – la télévision étant un véritable dénominateur sociologique – pour animer des processus participatifs et faire travailler ensemble des publics qui n’ont pas forcément l’occasion de collaborer habituellement. Et lorsque la magie de la participation opère, elle peut générer des transformations remarquables auprès des publics impliqués. C’est précisément cette transformation qui est recherchée par ce projet incubé, comme l’illustre l’exemple ci-dessous.

Ainsi, à Marseille, O2Zone – un des partenaires clés de Movilab – a proposé à des jeunes d’une cité sensible de réaliser un documentaire sur la police et la justice. Voilà bien des mondes qui ont à l’égard des uns et des autres des préjugés tenaces. En invitant des jeunes réputés difficiles à monter un reportage sur la police et la justice et en les accompagnant pour réaliser un travail de qualité, une très belle transformation s’est opérée. Pour réaliser leur projet, les jeunes ont dû fréquenter la police, les accompagner en mission, assister à des audiences, rencontrer des magistrats, … bref entrer dans la logique du monde policier et judiciaire pour pouvoir en rendre compte ensuite. Ces rencontres ont fait bouger les préjugés des uns et des autres. Sans tomber dans l’évangélisme, les forces de l’ordre et les membres du pouvoir judiciaire ont découvert des jeunes à qui on peut confier un projet complexe, qui sont dignes de confiance et qui ont à cœur de réussir là où ils sont si souvent mis en situation d’échec avant même de commencer. Les jeunes quant à eux découvrent un autre visage des forces de l’ordre et des juges. Ils ont pris conscience de la réalité et de la dureté de leur métier. A la sortie, une transformation s’est opérée. Ces publics généralement en tension ont trouvé des espaces de partage qui ont pu faire émerger de nouveaux types de relation.

Transformation, voilà le maître mot qui a retenu mon attention dans cette expérience. Et quel est l’objectif de l’éducation si ce n’est la transformation des étudiants dans leur prise de conscience, leurs connaissances et leurs compétences.

 L’idée d’utiliser une approche média collaborative dans l’un de mes cours me permettait donc de satisfaire aux objectifs suivants :

  • Permettre aux étudiants de vivre une expérience pédagogique différente plutôt que de la subir (passage à une logique d’active learning favorisant l’autonomisation et la responsabilisation dans la construction des connaissances).
  • Permettre aux étudiants de se confronter au réel pour prendre conscience de la manière dont le développement durable questionne aujourd’hui le monde de l’entreprise et les pratiques de management, à travers la rencontre d’acteurs impliqués dans ces transformations.
  • Utiliser un support ludique pour conférer à cette expérience pédagogique un attrait spécifique (utilisation de la vidéo, d’outils collaboratifs, d’une monnaie complémentaire d’apprentissage, …).
  • Développer une base de reportages faits par les étudiants et qui pourront être utilisés dans d’autres contextes comme matériel pédagogique (co-créer des ressources qu’ils retrouvent par la suite dans d’autres cours).

Que souhaites tu démontrer au travers de ce projet ?

Que le développement durable, dans la diversité de ses composantes, met l’entreprise et un grand nombre de ses logiques en tension. Que ces tensions vont croissantes et qu’elles exercent une pression de plus en plus grande sur l’entreprise, qui doit donc s’y adapter en modifiant son approche stratégique et ses processus de création de valeur, sa relation aux parties prenantes internes et externes, ses mécanismes de capture de la valeur… Bref, c’est le management dans sa globalité qui est mis en débat.

Le dire aux étudiants dans le cadre d’un cours classique est une chose. Leur permettre d’aller sur le terrain, de rencontrer des dirigeants ou des responsables de tout milieu, de questionner, de décortiquer, de comprendre une réalité complexe en est une autre.

Par ailleurs, nous présentons toujours le développement durable à nos étudiants sous un double prisme : faire moins mal la même chose ou faire radicalement différemment. S’ils ont le choix de leur angle d’attaque, nous les invitons néanmoins à aller chercher la pointe de l’innovation en les encourageant à adopter la seconde posture. S’ils choisissent cette orientation, nos étudiants peuvent du coup relier le développement durable à l’innovation, ce qui est également l’un de nos objectifs.

Cette démarche éducative peut–elle inspirer voire aider les entreprises et organisations dans la réflexion de leur Business Modèle ?

Je ne sais pas si nous pouvons avoir une ambition aussi grande, mais les interactions des dirigeants avec nos étudiants sont l’occasion de bénéficier d’un miroir et de questions parfois un peu naïves… mais ce sont souvent celles-là qui vont progresser une réflexion.

Par ailleurs, le matériel collecté sera évidemment trié, mais les meilleurs reportages seront rendus largement disponibles et pourraient susciter des premières ressources intellectuelles pour amorcer une  réflexion de fond. Néanmoins, cela n’est pas l’objectif premier et il existe des moyens bien plus efficaces pour les entreprises d’évaluer la robustesse, ou devrais-je dire la fragilité à concilier une performance économique avec une performance environnementale et sociale. Etudier les limites et les impasses d’un modèle économique pour un dirigeant, voilà ce qui pour moi est de nature à le mettre en mouvement.

A plus long terme néanmoins, j’ai l’espoir que certains étudiants entrant sur le marché de l’emploi deviennent des agents de changement d’un système économique malade qu’ils ont appris à diagnostiquer, à comprendre et à faire évoluer.

Au delà de ton métier d’enseignant, as-tu d’autres engagements dans l’accompagnement du développement durable dans les entreprises ?

J’ai effectivement la chance d’être impliqués sur de nombreux projets qui complètent et s’interfacent à merveille avec mon métier de professeur. Je suis d’abord le co-fondateur de Movilab et à ce titre, j’ai la chance d’interagir et de porter un nombre important de projets d’innovation sociétale originaux. Je collabore aussi bien avec des entreprises qu’avec des collectivités ou des membres de la société civile, pour faire naître de nouvelles formes de coopération au service du développement intelligent de projets à forte valeur sociale, environnementale mais aussi économique.

J’ai également la chance d’accompagner beaucoup de dirigeants dans des trajectoires d’évolution vers de nouveaux modèles économiques durables. Je participe ainsi à titre d’expert, au côté de mon collègue et ami Christian du Tertre, à une opération collective portée par le Réseau Alliances  et le Centre des Jeunes Dirigeants sur les trajectoires d’évolution d’entreprise vers des modèles relevant de l’économie de la fonctionnalité. Ce dispositif, financé par la Région Nord-Pas de Calais, permet à 22 dirigeants de bénéficier d’un accompagnement de 14 mois pour faire évoluer leur modèle économique dans une logique relevant de l’économie de la fonctionnalité.

Je lance, toujours avec Christian, une initiative comparable dans les Alpes Maritimes, avec le Club des Entrepreneurs du Pays de Grasse. Nous allons cette fois accompagner 12 dirigeants dans les mêmes objectifs.

J’ai finalement la chance de travailler en collaboration étroite avec des partenaires stimulants : la Fondation Ellen MacArthur, l’Institut de l’économie circulaire, le réseau Alliances, le CJD, le Club des Entrepreneurs, les nombreux partenaires de Movilab (O2Zone, Openscop, Arsenic, Fondaterra, la ville de Mouans-Sartoux, …). Tout cela nous permet de tester une quantité de nouveaux modèles économiques dans des conditions réelles et de faire ainsi progresser des connaissances utiles à l’action, ensuite partagées avec mes étudiants.

Quelle est ta définition du développement durable ? Selon toi, quel est son enjeu pour tous et chacun ?

Il y a certes la définition officielle de Brundtland, mais de manière plus pragmatique, le développement durable renvoie pour moi aux conditions de conciliation d’une performance et un progrès économique avec une performance et un progrès environnemental et social. Comme je le disais précédemment, cela passe par deux portes d’entrée : faire moins mal la même chose (comme par exemple l’éco-conception) ou faire radicalement différemment (comme par exemple l’économie de la fonctionnalité). Je suis personnellement un farouche partisan de la seconde approche tant les besoins et l’urgence du changement sont criants.

Qu’est-ce que chacun d’entre nous peut faire sur un plan individuel ? Je ne veux pas apparaître comme un donneur de leçon, aussi je serai très général. J’ai simplement envie d’inviter les personnes qui nous lisent à s’interroger sur le monde dans lequel ils/elles aspirent vivre, aux types de relations humaines que nous cherchons à promouvoir, aux types de progrès que nous cherchons à encourager. A chacun(e) ensuite de trouver en fonction de ses ressources propres le chemin qui lui parait le plus adéquat par rapport aux réponses qu’il/elle aura apportées à ces questions.

Pour toi quel est le portrait de l’enseignant de notre époque, que je qualifierais sous l’expression « la nouvelle renaissance » ?

Non plus un sachant mais un passeur, un animateur, un poil à gratter qui bouscule les consciences, met du doute là où il y a de la certitude, qui invite à la curiosité. Un compagnon de route qui modestement mais énergiquement aide ses étudiants à percevoir et à domestiquer la complexité du monde dans lequel nous vivons, qui aide à naviguer dans ce complexe et cet incertain et qui surtout met ses étudiants en posture d’acteur de leur apprentissage et au-delà de leur vie et non en simple spectateur d’une réalité sur laquelle ils penseraient ne pas avoir prise. Un professeur me semble devoir faire prendre conscience à ses étudiants du potentiel transformatif qu’ils possèdent tous, ainsi que des voies utiles pour l’exprimer. Nous gagnons à leur offrir de nouveaux horizons, leur donner espoir dans un monde qui malheureusement pour beaucoup les insécurise et les désabuse. Surtout, il faut rester modeste et se considérer comme un « agriculteur » de connaissances qui sème des graines dont certaines vont lever plus ou moins haut.

Le projet développement durable de la performance M1 démarre, quelle suite imagines–tu ?

J’espère d’abord que le dispositif pédagogique sera un succès, que les étudiants vivront une expérience enrichissante et porteuse de nouvelles connaissances et compétences. J’espère qu’ils en sortiront ébranlés et qu’ils prendront conscience que le développement durable n’est pas un concept mais une réalité qui s’impose à la table des décisions d’entreprise. J’espère ensuite qu’ils exerceront un esprit plus critique aussi bien dans la suite de leur parcours pédagogique qu’en dehors de l’école. J’espère qu’ils auront envie d’en apprendre davantage sur le lien entre développement durable et management et qu’ils continueront à se documenter et à interagir avec des gens riches d’expériences positives.

 Au niveau de leur scolarité, ce cours n’est que la première brique d’autres cours plus spécialisés dédiés au sujet. Ils auront donc l’occasion de se frotter au sujet encore de nombreuses fois.

Et j’ai aussi l’espoir que certains collègues se saisissent des reportages réalisés par les étudiants pour les intégrer dans leurs propres enseignements et pousser le curseur encore plus loin. La plupart des sujets se prêteraient en effet bien à cette reprise et je tenterai, avec le soutien de Franck Moreau, Directeur du Programme Grande Ecole de Skema et farouche supporteur de ce dispositif, à les y inviter.

Pour toi où se situe le rôle de l’éducation dans ce virage à 360° que nous sommes en train de vivre ?

Il est essentiel et le débat est immense. Pratiquement tout est à reconstruire : notre système économique, les rapports entre les acteurs, les rapports à notre environnement, la notion même de progrès et nos processus de création de richesses, … L’éducation joue un rôle crucial dans ce cadre car le changement de pratiques passe d’abord par un changement de conscience et par le développement de connaissances et de compétences nécessaires pour faire évoluer nos systèmes.

Comme je te sais un homme plein d’idées et en capacité d’action, quel sera ton prochain projet ?

Je déborde de projets. Nous nous apprêtons à fonder l’institut européen de l’économie de la fonctionnalité, qui aura vocation à favoriser le déploiement de ces modèles prometteurs au niveau européen. Je suis également en train de développer une communauté de personnes qui pourront demain accompagner le prototypage de modèles économiques durables (j’y associe évidemment certains de mes étudiants). Les besoins sont en effet criants et il faut faire monter des gens en compétences sur ces sujets complexes.

Movilab se développe de manière importante et il faudra gérer son développement. Les liens avec la Fondation Ellen MacArthur se resserrent et ensemble, nous voulons clarifier les concepts et les méthodes qui feront changer – je reprends le terme de la Fondation – l’operating system de notre économie.

Finalement, je veux aussi prendre le temps du recul pour capitaliser et partager les formidables expériences vécues ces deux dernières années, de manière ensuite à les formaliser pour qu’elles profitent au plus grand nombre.

En conclusion : Il y a les gens qui voient le monde tel qu’il est et se demandent pourquoi. D’autres le voient tel qu’il pourrait être et se disent pourquoi pas ! (Georges-Bernard Shaw)

Fouad Adjimi, Trader le jour et Comique la nuit

C’est via Spotwork, que j’ai eu l’occasion de me « connecter » avec Fouad. Ce qui m’a interpellé chez lui et ce qui m’a donné envie de vous le présenter, c’est fait qu’il se soit accordé le droit de vivre plusieurs vies en même temps. En effet, comme l’indique le nom de son spectacle, Fouad travaille dans la finance mais contre tout « cliché » que nous pourrions avoir, au fond de nous, le soir… il est sur les planches pour exprimer tous ses talents artistiques.

J’aime cette idée que nous soyons « multi » casquettes, que nous valorisions nos savoir-faire aussi différents soient-ils les uns des autres. Comme je vous en parlais déjà dans un autre article, le temps de la #GenSlash, de la génération Slash est là… Aujourd’hui nous osons davantage exprimer nos talents, tous nos talents, ce qui amène certains d’entre nous à avoir plusieurs métiers en même temps.

A la rencontre de Fouad Adjimi…

Quel est ton parcours professionnel ? Quel métier exerces-tu aujourd’hui ?
J’ai étudié la finance, j’ai un MBA en finance de marché et marchés des capitaux.
J’ai commencé par exercer la profession de broker, puis ensuite Vendeur action. A présent je m’occupe d’analyses et de calculs de risque sur les marchés financiers.

Depuis quand as-tu cette envie de te produire sur scène ?
Je ne fais ici que renouer avec une passion de jeunesse. J’ai commencé à écrire mes premiers sketchs dès l’âge de 15 ans, et j’ai fréquenté plusieurs ateliers théâtre à partir du lycée.
Un hobby que j’ai dû abandonner à contrecœur au moment d’entrer dans la vie active. Il a fallu faire un choix.
Arrêter le théâtre fut difficile. Mais durant toutes ces années, j’ai continué à écrire un peu de tout : des chansons, des sketchs, des nouvelles…
Et à partir de 2004, j’ai commencé à ressentir le manque par rapport à la scène. Vivre cet autre « partie » de moi est quelque chose qui me tenait à coeur.

Pourquoi avoir choisi de t’inspirer de ta vie de trader pour ton spectacle ?
Je ne m’inspire pas que de ma vie de trader dans mon spectacle. Dans ce one man show, que j’ai entièrement écrit et mis en scène, je parle de ma vie et de mon parcours au sens large.
Et comme j’exerce toujours mon activité professionnelle dans la finance, j’ai trouvé amusant d’afficher dans le titre cette double casquette

Concilier plusieurs vies, dont une artistique, c’est facile ?
Cela demande beaucoup d’organisation et surtout beaucoup d’énergie.
Les premières semaines, entre la promotion du spectacle, les répétitions et le travail sur la mise en scène à partir des vidéos des représentations, les nuits étaient très, très courtes.

Le fait de vivre une double vie d’artiste, te fait-il voir les choses autrement ?
De manière plus speed, sans aucun doute. Plus sérieusement, depuis que j’ai repris l’écriture je suis plus attentif aux scènes qui se déroulent autour de moi. J’essaie d’en tirer les aspects humoristiques afin de voir s’il y a matière à écrire un sketch.

Comment vois-tu ton avenir ?
Sur les planches de l’Olympia d’abord. Devant les caméras pour le cinéma, ensuite. (sourire)

Est-ce que être sur scène te nourrit dans ton travail et inversement ?
C’est surtout ma vie quotidienne qui me nourrit. Par voie de conséquence, ce que je vis dans mon travail aussi.

Aujourd’hui, de plus en plus de personnes ont plusieurs vies en même temps. Connais-tu d’autres personnes qui, comme toi, concilie métier et passion ? Ou 2 métiers ?
J’ai des exemples autour de moi de personnes qui s’orientent vers des activités artistiques. Ma femme elle-même a renoué avec la peinture depuis 6-7 ans et cela a pris pas mal d’ampleur. Elle a eu l’occasion d’exposer à New York récemment.
Je crois que l’on arrive à un âge où le besoin de produire, au sens se sentir productif, devient plus important.

11495_510812698972813_1190256736_n-225x300Que dirais-tu pour donner aux lecteurs envie de venir te voir sur scène ? :-)
Mon spectacle s’inspire de mon histoire. Je raconte ce qui est censé être ma vie, et ce de façon plus ou moins romancée. Je reviens sur ma vie de trader et retrace les rencontres, parfois surprenantes, qui m’ont poussé à monter sur les planches.Je dépeins une galerie de personnages épicés et attachants, sans oublier bien sûr de parler de mes rapports avec « l’autre sexe »…Le tout en intégrant des numéros de cabaret comme les claquettes.

Merci Fouad. Nous ne manquerons pas de suivre l’évolution de ta carrière artistique !

Fouad est au Théâtre du Gymnase à Paris, tous les mercredis à 20h, jusqu’au 31 juillet. Ça vous tente ? Pour réserver c’est ici !

 Anne Lucie DOMANGE VISCARDI

Isabelle Decoopman : « Partager avec des experts et des professionnels d’horizons différents est une expérience unique »

L’année dernière, tu as contribué au choix du sujet de la première journée BEEZ&CO « La force de la relation, génératrice de valeurs pour l’entreprise » et tu y as fait une intervention remarquée.

Cette première journée a en effet été une première étape qui nous a permis de comprendre à quel point le concept de relation était central dans le processus de création de valeur et était un point d’ancrage incontournable à ce qui va nous réunir le 2 juillet : l’organisation en écosystème.

La 2ème journée BEEZ&CO a lieu le 2 juillet sur le thème : « Organisations en écosystème ; créateur de valeur pour tous » Je crois savoir que tu y participes aussi activement ?

Oui tout à fait, nous avons contribué à définir avec l’ensemble des membres du cercle de réflexion et de la Quadrature du Cercle une approche tout à fait originale et novatrice qui va permettre aux participants d’appréhender et de comprendre les nouveaux enjeux liés à ces thématiques d’écosystème qui caractérisent l’environnement actuel de nos organisations et sont encore peu connues des professionnels et des managers.
La notion d’écosystème d’affaire (issue du modèle de l’écosystème écologique) est relativement récente puisque qu’elle a été développée par Moore en 1996. En tant que professeur de stratégie, elle m’interpelle particulièrement car elle contribue à définir le destin stratégique de nos entreprises.

La création de valeurs est au centre de tes préoccupations ainsi que l’impact des nouvelles technologies de l’information sur la stratégie et les « business model » de l’organisation.
Quels liens fais-tu avec cette thématique de l’écosystème ?

Nous connaissons aujourd’hui une forte mutation et migration des sources de valeur, ce que nous retrouvons quand nous travaillons sur les business model innovants et sur la mutation des business model traditionnels. Il suffit de voir à quel point certains secteurs d’activité sont chahutés par l’avènement de nouveaux modèles toujours plus novateurs et donc déstabilisants.
La complexité de l’environnement dans lequel nos organisations évoluent, son caractère systémique et donc fortement interactif, du fait de la multiplicité des liens qu’une organisation noue avec ses partenaires, nous amène à penser différemment le concept de valeur. La valeur aujourd’hui ne doit plus simplement être créée et captée par une seule organisation au détriment d’autres acteurs. Elle doit se partager et pourvoir ainsi croître de façon significative au sein d’un écosystème d’affaire. Seule une valeur partagée assurera à moyen terme la pérennité d’un écosystème et donc de ses composantes quelle que soient leurs formes (organisations, entreprises, artisans, commerçants, individus…).

Tu fais partie du groupe de penseurs « La Quadrature du Cercle » qui réunit des personnes de milieux professionnels très différents. Pourquoi ce choix?

Tu sais que j’ai toujours pensé que l’hétérogénéité des compétences et l’agrégation des intelligences individuelles primaient sur la seule intelligence individuelle d’un expert. Ce qui est particulièrement passionnant dans la Quadrature du Cercle est que les parcours fortement différenciés de ses membres nous ont permis de mettre en place une démarche tout à fait intéressante qui s’inscrit dans les nouvelles pratiques d’intelligence collective, ce qui devrait interpeller voire passionner les participants. C’est ce qui fait la richesse de cette démarche qui va nous permettre de penser autrement.

Qu’est-ce qui te motive, t’inspire dans ce projet ?

La passion comme toujours d’appréhender, de comprendre de nouvelles choses, de partager avec d’autres, de transmettre mais aussi de pouvoir me remettre en question en toute humilité, en un mot partager et pouvoir faire avancer les choses.

Tu es professeur-chercheur à Skema Business School, qu’est-ce que cette expérience avec BEEZ&CO t’apporte à titre professionnel ?

Cette démarche m’apporte beaucoup et apporte beaucoup à l’école, le fait de pouvoir partager avec d’autres experts appartenant à des disciplines différentes, des professionnels de toute activité est une expérience unique. La méthode que nous avons toutes et tous élaborée pour animer cette journée, notamment les Ateliers Controverse peut être très profitable pour nos étudiants si nous nous en inspirions et nous avons beaucoup à apprendre de ces rencontres et des groupes tels que « la Quadrature du Cercle » et le cercle de réflexion BEEZ&CO.
Une école comme Skema que je représente avec Pierre Daniel se doit d’être au centre de cette nouvelle dynamique régionale qui se cristallise lors de journées comme celle du 2 juillet. Comme je le répète souvent : il nous faut penser différemment pour sortir des évidences du secteur et créer la différence.

Quel message voudrais-tu faire passer à ceux qui ne sont pas encore inscrits à la journée du 2 juillet ?

Venez partager avec nous cette expérience unique et inédite, venez découvrir le monde de l’intelligence collective et n’hésitez pas à vous lancer dans une controverse qui devrait nourrir et enrichir notre vision des choses.
Le 2 juillet, rejoignez BEEZ&CO, le business sous un autre regard !

Propos recueillis par Marie-Anne GIROULT

BEEZ&CO

 

La femme entreprend – épisode 5

Pour notre dernier épisode « La femme entreprend », je vous propose de découvrir le portrait de deux Marie-Anne , représentantes de deux générations de femmes entrepreneures. Pour commencer Marie-Anne Giroult explique comment elle a choisi de devenir entrepreuneure de soi, … d’elle. Et Marie-Anne Bernasconi partage sa conviction de créer une  forme de liberté que recherche sa génération (digital native).

Pour commencer, place aux dames, je vous laisse apprécier le témoignage de Marie-Anne Giroult qui, après un parcours dans un grand groupe, décide de suivre son propre chemin et de suivre sa nouvelle ligne de vie.


Pour commencer, quel est ton parcours professionnel en quelques mots ? et l’entreprise que tu diriges ? … 
Diplômée d’une école de commerce et d’un MBA en management, j’ai un parcours de 25 ans de management en entreprise, dans le retail et l’IT. Avec une expérience concrète de gestion de changements significatifs et complexes en environnement multiculturel, j’ai choisi en 2010 de quitter le monde du salariat pour créer mon entreprise AlterDim en 2010.

J’accompagne les entreprises dans leurs transformations en développant le potentiel des collaborateurs et l’efficacité de leur mode de fonctionnement collectif, au travers de coaching individuel et collectif, de formation en management et développement personnel et d’animation d’ »assessment center ».

Pourquoi choisir d’être entrepreneure ? Est-ce différent d’être entrepreneure vis-à-vis de son entourage ou vis-à-vis de la société ? … Avant d’être entrepreneure, ma démarche était d’abord une volonté de changer d’activité et d’aligner mon activité professionnelle avec mes valeurs et mes centres d’intérêt, d’être en phase avec ce que j’étais devenue.

L’activité choisie, activité de service,  m’a naturellement amenée vers l’entrepreunariat. L’attrait était la liberté d’action et de décision, la volonté de gérer sa propre activité et de construire.

C’est forcément différent pour l’entourage d’être entrepreneure par rapport à salariée, dans la compréhension de ce que l’on fait, dans la reconnaissance, dans l’implication et dans la gestion de son temps. Cela demande d’être soutenue et encouragée par l’entourage.

Pour toi, quelles sont les clés de réussite de l’entrepreneuriat ? … Croire en son projet et le porter, savoir s’entourer, être capable de fonctionner dans un environnement d’insécurité, avoir confiance dans ses capacités et oser dépasser ses freins, persévérer et garder le cap.

Quelles sont les valeurs que tu défends en tant que chef d’entreprise ? As-tu le sentiment de réussir à les respecter  au quotidien? … Respect de soi et de l’autre, ouverture, Intégrité, loyauté, Courage…Partenariat, esprit d’équipe, partage. J’ai le sentiment de respecter ces valeurs au quotidien.

Quel regard portes-tu sur l’entrepreneuriat en France ? … C’est une forme d’activité qui se développe avec des formes nouvelles et d’autre encore à créer. De plus en plus on encourage les jeunes à créer leur propre activité et à oser se lancer pendant leurs études. Au delà de la création d’entreprise, c’est aussi une forme de responsabilisation, d’être acteur de ses choix et de sa vie.

Au delà de l’initiative individuelle, l’entrepreunariat doit être valorisé et encouragé par les pouvoirs publics plus qu’il ne l’est aujourd’hui.

Quelles recommandations souhaites-tu partager avec quelqu’un qui veut franchir le pas ? … Avoir le soutien de son entourage sur le projet et sur la durée. Bien anticiper l’aspect financier pendant la phase de lancement. Placer l’aspect commercial et prospection au cœur de ses priorités et de la gestion de son temps. Partager avec d’autres entrepreneurs, ne pas rester seul.

Toujours garder à l’esprit la motivation profonde qui nous a amené à faire ce choix, « Croire en son projet », Rester fidèle à ses valeurs.

Marie-Anne Bernasconi, elle, est une toute jeune entrepreneure. Elle défend une vision du monde actuelle et post-moderne. Elle utilise son entreprise pour devenir acteur du changement en cours.

Pour commencer, quel est ton parcours professionnel en quelques mots ? et l’entreprise que tu diriges ?

Après 1 an et demi en Chine comme développeuse commerciale et 3 ans dans une start-up innovante en charge de la construction de l’offre puis de la commercialisation, j’ai décidé de créer EstreLab. C’est une agence d’accompagnement des décideurs et entrepreneurs dont l’objectif est de faire émerger des solutions nouvelles aux problèmes concrets auxquels ils font face en cette période de crise. Nous sommes convaincus que c’est en adoptant une logique disruptive que nous trouverons des solutions aux grands enjeux actuels. Nous nous appuyons pour cela sur des méthodes d’intelligence collective open source et sur des initiatives existantes notamment provenant des économies émergées.

Pourquoi choisir d’être entrepreneure? Est-ce différent d’être entrepreneure vis-à-vis de son entourage ou tout vis-à-vis de la société ? … L’envie d’être entrepreneure date de plusieurs années durant lesquelles je souhaitais d’une part contribuer à créer de la valeur en tant qu’individu, et d’autre part tenter de résoudre des équations telles que «ressources limitées, croissance illimitées».

Ce choix de créer son emploi et de tenter de réaliser ses ambitions ne laisse pas indifférent. Certaines personnes regardent l’aspect prise de risque avant de voir cette liberté d’entreprendre.  Globalement, le fait d’être entrepreneure crée une dynamique dans l’entourage et suscite intérêt et envie de contribuer.

Pour toi, quelles sont les clés de réussite de l’entrepreneuriat ? … La persévérance dans ses convictions, le fait d’assumer son positionnement, et une forte volonté de réussir. Je pense que ces clés correspondent à ma situation actuelle de créatrice, et vont nécessairement évoluer avec la croissance de mon entreprise.

Quelles sont les valeurs que tu défends en tant que chef d’entreprise ? As- tu le sentiment de réussir à les respecter  au quotidien? … Je pense qu’au sein d’une entreprise, les relations humaines doivent être basées sur la motivation et les compétences plutôt que sur un rapport hiérarchique. Le chef d’entreprise doit être garant de la vision tout en laissant suffisamment d’espace à l’équipe pour qu’elle s’exprime et s’épanouisse dans ces projets. Il est également pour moi incontournable que l’entreprise maximise ses effets positifs sur l’humain et l’environnement. C’est sur ces valeurs que je souhaite développer mon entreprise. L’enjeux est de les respecter avec la croissance de l’activité, mais également dans le choix des clients et des projets.

Quel regard portes-tu sur l’entrepreneuriat en France ? … Entreprendre en France semble être au premier abord risqué puisqu’il faut sortir de la zone de confort liée au statut de salarié. Il y a néanmoins une aide structurée qui permet d’être conseillé dans sa stratégie et dans ses choix juridiques. Je pense que l’entrepreneuriat séduira de plus en plus les jeunes par l’espace de liberté qu’il crée, mais aussi parce qu’il permet d’inventer un emploi qui a du sens, et de renverser l’ordre établi pyramidal des grands groupes.

Quelles recommandations souhaites tu partager avec quelqu’un qui veut franchir le pas ? … Croire que tout est possible et suivre son intuition!

Avec ces deux portraits, j’achève cette première série de témoignages de femmes qui entreprennent sans hésitation en respectant ce qu’elles sont et en créant un projet de vie cohérent à leur envie de réalisation.

Si je devais retenir quelques idées fortes de ces 11 interviews  je partagerais la suivante: n’entreprenez pas par défaut , suivez vos convictions, ayez des valeurs, travaillez votre réseau, homme ou femme même combat et peut-être une manière de porter un autre regard sur le développement de nos entreprises…mais sur ce dernier point cela reste à prouver …qui sait cela pourrait faire l’objet d’un sujet de recherche.

Caroline VALENT

Quand la femme entreprend – épisode 4

Toutes deux créatives dans leur domaine d’expression, elles ont décidé depuis quelques années de vivre leurs propres aventures entrepreneuriales : Anne Lucie en défendant ses idées même si elles peuvent sembler avant-gardistes, et Sophie en quittant sa vie de salariée de grande entreprise et en s’associant à son mari.

Anne Lucie nous inspire en partageant sa vision de l’entrepreneuriat. Elle explique comment elle concilie sa croyance en l’Homme et son envie d’entreprendre.

Pour commencer, quel est ton parcours professionnel en quelques mots ? Et l’entreprise que tu diriges ? 

Après avoir été salariée pendant plus de 15 ans, j’ai créé une première entreprise dans l’agroalimentaire en 2009, puis je me suis associée pour créer une 2ème structure en 2011 dans le secteur de l’audiovisuel et enfin j’ai créé mon activité de Conseil en communication et Créativité fin 2011 et d’autres projets sont en cours …

Pourquoi choisir d’être entrepreneure ? Est-ce différent d’être entrepreneure vis-à-vis de son entourage ou vis-à-vis de la société ? … Je n’ai pas vraiment choisi, mon entourage savait depuis longtemps que je finirais par me lancer quand je ne le savais pas encore moi-même. Aujourd’hui j’aurais beaucoup de mal à être de nouveau salariée à part entière parce que je suis créatrice de ma vie et même s’il n’est pas évident de poursuivre quand on stresse de ne pas avoir de visibilité à 3 mois sur notre chiffre d’affaires, j’éprouve une liberté que je ne pourrais pas remettre en question.

Et oui, c’est différent pour l’entourage, surtout ceux qui ne sont pas dans la même situation professionnelle … On devient « chef d’entreprise », « patron » avec tout ce que cela implique dans l’inconscient collectif … Et puis on travaille quasiment tous les jours car notre affaire dépend entièrement de nous, pas facile pour la famille parfois … Enfin vis-à-vis de la société, l’image est différente, car l’entrepreneur est seul à prendre les risques avec peu de soutien … La société, l’Etat sont tout juste en train de prendre la mesure de l’importance des entrepreneurs en France …

Pour toi, quelles sont les clés de réussite de l’entrepreneuriat ? … Rester fidèle à ce que nous sommes ; même si l’idée de départ évolue, ne pas oublier notre motivation du départ… Pourquoi on a décidé d’entreprendre ? Savoir être à l’écoute de notre environnement sans forcément le laisser nous influencer, mais au moins pour prendre la « température » de ce qui nous entoure. Etre « open mind » ! Savoir s’entourer de personnes différentes et complémentaires, savoir se remettre en question quand cela est nécessaire.

Quelles sont les valeurs que tu défends en tant que chef d’entreprise ? As-tu le sentiment de réussir à les respecter  au quotidien ? … Ce que je défends c’est l’Humain, le fait que chaque individu a le droit et le devoir d’être considéré et de considérer l’autre comme une personne ayant un vrai potentiel de créativité, de réalisation, de production … Je revendique le droit à la différence, ce qui n’est pas tous les jours facile dans notre société qui a pourtant besoin de cette diversité.

Oui, j’ai de plus en plus le sentiment de respecter mes valeurs au quotidien, peut-être justement parce que je suis chef d’entreprise et que je n’ai plus à faire pour ceux qui ne veulent, ou ne peuvent, respecter les valeurs que je défends. Et je pense que cela se sent.

Quel regard portes-tu sur l’entrepreneuriat en France ? … Je trouve les entrepreneurs très courageux, surtout ceux qui ne sont soutenus par des grands groupes. En France, jusqu’à aujourd’hui (j’espère que cela changera demain), il faut être un peu fou pour oser se lancer. Ceux qui se lancent sont aujourd’hui, pour beaucoup, ceux qui ont des idées et l’entrepreneuriat est un trésor pour l’innovation et la compétitivité de la France. Le regard sur l’échec est, enfin, en train de changer en France et l’on commence à considérer qu’un entrepreneur qui n’a pas réussi sa première affaire est justement quelqu’un avec une expérience qui lui permet d’être vigilant. Ça a l’air plus facile dans d’autres pays de se lancer, d’être soutenu, d’échouer et de recommencer … Mais je considère qu’il n’y a pas de hasard quant à l’endroit où nous sommes pour mener notre action. Si je suis entrepreneuse en France c’est que là est ma mission et m’investir dans BEEZ&CO, Le business sous un autre regard donne du sens, encore plus profondément, à mon action dans ce pays.

Quelles recommandations souhaites-tu partager avec quelqu’un qui veut franchir le pas ? … Qu’il faut essayer si on en ressent le besoin plutôt que de rester avec une envie inachevée. Rencontrer d’autres entrepreneurs avant de se lancer, des « qui ont réussi » et d’autres « qui n’ont pas réussi », pour savoir, sans surprise, ce qui peut arriver. Savoir s’entourer de personnes de confiance qui pourront vous soutenir dans les moments difficiles. Avoir confiance en son potentiel sans pour autant être arrogant. Partager son envie et son expérience sur le sujet pour sentir ce que nous renvoie notre entourage, cela nous permet de mesurer, en fonction de ce que nous recevons, quand nous sommes prêts à nous lancer. Si l’on a une idée avant-gardiste, il faut savoir être prêt à attendre que la société soit prête aussi … Etre patient !

Sophie a un parcours classique et décide de s’investir dans ce qui paraît être le projet de sa vie, celui de donner du sens à ce qu’elle réalise, ce qu’elle produit … ce qu’elle nomme le travail.

Pour commencer, quel est ton parcours professionnel en quelques mots ? Et l’entreprise que tu diriges ?

J’ai fait toute ma première partie de carrière professionnelle (15 ans) dans le domaine des établissements de crédit. J’ai rempli des missions d’analyste de crédit, de chargée de recouvrement, contentieux, de chef de produit marketing, de chargée de relations presse. J’ai mené une démarche qualité, travaillé sur le passage à l’euro, mené des projets de migrations informatiques, d’adaptation des process et des organisations aux fameux accords de Bâle (ça parlera aux banquiers 😉 … Je gérais donc des projets d’assistance à maîtrise d’ouvrage en organisation et systèmes d’informations lorsque l’idée de quitter ce monde m’a titillée.
 Aujourd’hui, je dirige avec Laurent, mon époux, Sophie et Laurent Mayeux Photographies, un studio photographique qui réalise des travaux dans le domaine du corporate, de l’institutionnel et de la publicité. Cette petite entreprise, nous sommes deux, aura 10 ans l’année prochaine.

Pourquoi choisir d’être entrepreneure ?
 Est-ce différent d’être entrepreneure vis-à-vis de son entourage ou tout simple vis-à-vis de la société ? … Tout cela est le résultat d’un chemin, celui de vouloir donner du sens à son travail. Au moment où j’ai décidé de sauter le pas, dans l’entreprise dans laquelle je travaillais, j’étais en manque de sens et de liberté d’action. J’avais un peu l’impression d’étouffer et de me gâcher.

Vis-à-vis de son entourage, c’est différent car notre situation peut faire «peur», dans le sens où nous sommes en situation de risque. L’entrepreneuriat est très souvent lié à l’image de l’insécurité d’une situation financière.

La société pense souvent que l’entrepreneure est «libre» dans son rapport à l’organisation de son travail, elle peut partir en vacances quand elle veut, elle peut s’organiser comme elle veut … Cette liberté est peut‐être parfois enviée, mais je peux vous dire, qu’une entreprise, cela vous colle à la peau et au cerveau 24/24 et 7/7 !

Pour toi, quelles sont les clés de réussite de l’entrepreneuriat ? … La capacité à se remettre en question : ne pas hésiter à changer, ne pas se reposer sur ses lauriers et se demander si on ne peut pas faire mieux ou autrement. La curiosité et l’ouverture d’esprit : être ouvert au monde, savoir ce qui s’y passe, s’y dit, s’y décide est forcément inspirant. La capacité à tenir un cap : savoir où on va, ce que l’on veut devenir est indispensable et déterminant. L’innovation : je ne pense pas forcément à l’innovation technologique, mais à l’innovation des process et des modes d’organisation ; c’est à mon avis la clé actuelle de réussite.

Quelles sont les valeurs que tu défends en tant que chef d’entreprise ? As-tu le sentiment de réussir à les respecter au quotidien? … L’authenticité de notre travail, de notre comportement, pour faire naître une relation bienveillante avec nos clients. Chacun de nos travaux s’attache à remettre l’homme au centre des préoccupations. La proximité est pour nous une seconde nature. Nos parcours respectifs nous ont permis de développer écoute et empathie La collaboration pour confronter notre travail à d’autres regards, pour enrichir, faire évoluer et partager notre travail

Quel regard portes-tu sur l’entrepreneuriat en France ? … J’ai confiance dans l’entrepreneuriat en France, car je suis toujours étonnée par le nombre de personnes qui ont des projets, la multitude des structures qui les accompagnent, et cela n’est pas assez dit, ni mis en valeur. Il y existe un tas de bonnes et belles idées en France et surtout un grand nombre de gens qui les rendent concrètes par des entreprises et des emplois. Alors certes, le contexte et les conditions de l’entrepreneuriat ne sont pas roses, il ne faut les ignorer, mais il y a un moment où il faut agir. C’est ce que font tous ces entrepreneurs.

Quelles recommandations souhaites-tu partager avec quelqu’un qui veut franchir le pas ? … Bien préparer son projet, sans oublier à un moment donné de se lancer quand même ! On apprend en marchant. Ne pas (trop) écouter les «tu ne vas jamais y arriver», «ce n’est pas le moment» etc … Parce que ce n’est jamais le bon moment et il y a toujours l’exemple de quelqu’un qui s’est planté.

Il faut reconnaître que décider de tout plaquer fait quand même un peu peur, à soi, à ses proches, à sa famille. La raison revient au grand galop vous rappeler qu’il faut rembourser son crédit immobilier, assurer le budget quotidien de la famille, mais il y a un instant où le sens, les valeurs prennent le pas. C’est là que l’on bascule dans la décision, et la raison est évincée car les convictions qui sont ancrées au fond de vous sont plus fortes. La décision prise, acceptée et assumée, on met alors tout en œuvre pour réussir et prouver à sa raison qu’on a bien fait de prendre cette décision. Enfin, le soutien de l’entourage proche, mais aussi des réseaux divers.

Merci à toutes les deux. Vos témoignages sont deux exemples de réalisation de vie. On comprend bien qu’entreprendre pour vous est l’adéquation entre vos idées et le sens que vous donner en les réalisant sous la forme d’une entreprise.

Caroline VALENT

A la découverte du Ouishare Fest

Marie Anne, nous  avons fait ta connaissance par la communauté BEEZ&CO. A distance Valérie B.C. nous a connectées. Entre Nice et Lille, sur la toile, la distance n’existe plus. Nous portons chacune un autre regard sur les organisations et leur création de valeur. Nous portons un autre regard sur la manière de développer nos business. C’est ce qui t’a notamment motivée à assister et participer aux trois jours du Ouishare Fest, manifestation européenne, qui a eu lieu en mai à Paris.

Aujourd’hui sur la Globosphère BEEZ&CO, tu nous racontes ton expérience au Ouishare Fest et ce que tu en retires comme idées, projets, actions. Pour toi c’est quoi le Business sous un autre regard ?

Pour commencer, peux-tu te présenter à nos lecteurs ? … Je suis issue d’une triple formation : linguistique, management et développement durable. J’ai commencé mon parcours professionnel en Chine par du développement commercial (cafés et stands de salon), puis, de retour en France, je me suis occupée de la stratégie commerciale et marketing d’une start-up innovante en concertation avec les clients-cibles.

EstreLab est née en janvier 2013 de la volonté de contribuer, à mon échelle, à l’évolution vers un monde positif et circulaire. C’est une agence d’accompagnement des décideurs et des entrepreneurs dont l’objectif est de faire émerger des solutions nouvelles face aux problèmes concrets auxquels ils font face en cette période de crise(s).

Peux tu nous expliquer pourquoi participer à Ouishare Fest ? Quels sont les sujets qui t’intéressent ? … Participer à un festival sur l’économie collaborative était essentiel pour s’imprégner des tendances actuelles en matière de business models basés sur l’économie du partage, du don et de la fonctionnalité. Je pense que c’est dans ce type d’événements que se dessine l’entreprise de demain, qui sera perméable, adaptable et co-construite avec ses parties prenantes (crowdsourcing, crowdfundingcocréation).

Quelles sont les interventions qui t’ont le plus marquées ? pourquoi ? … De la production collaborative (FabLab) à la consommation collaborative, cette nouvelle économie est en train de réinventer l’emploi, les modes de vie et les relations entre les humains. Les intervenants ont illustré leurs propos avec des exemples du monde entier où des citoyens inventent, créent et rendent accessibles des services ou des produits : Maker FairCaronetasKozaza etc…

D’autres intervenants ont organisé des ateliers autour de l’upcycling ou de la prise de décision collective, où les participants prenaient une part active dans la découverte et la mise en pratique de techniques participatives.

Enfin un «Barcamp» a permis à ceux qui le souhaitaient d’organiser des ateliers sur les sujets qui les intéressaient et de partager les résultats en public.

Est ce qu’il y a de nouveaux sujets que tu as découverts ? … Le concept de «liquid organization» présenté par cocoon projets , une «organisation ouverte et concentrique», où les décisions sont prises collectivement et où la participation aux projets se fait par affinité et selon les compétences de chacun. La rémunération se fait également en concertation et selon le niveau d’implication perçu par soi et par le groupe. Je pense que cette forme d’organisation correspond à la fois à une structure capable de s’adapter aux environnements changeants, et à la fois à une organisation du travail souhaitée par les jeunes générations, soucieuces d’être en cohérence avec leurs visions et leurs passions.

Comment qualifierais-tu cet événement ? Quelle est son importance pour toi ? Les initiatives d’économie collaborative sont de plus en plus utilisées et connues du grand public avec le covoiturage (BlaBlaCar) et l’hébergement partagé (Couchsurfing, AirBnB). Mais les concepts et modèles de pensées qui en découlent font leur chemin très lentement : organisation horizontale, co-construction avec les parties prenantes, partage des ressources, etc… Je pense donc que cet événement inscrit dans l’histoire la transition en profondeur qui est en train de s’opérer vers une société basée davantage sur les valeurs humaines que sur les valeurs financières.

Qu’as-tu envie de partager avec nos lecteurs sur ta vision de l’économie collaborative ? … C’est par l’ouverture à ce type d’économie que nous allons résoudre les problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui : problèmes de sens, d’accélération des modes de vie, de changements d’habitudes de consommations rendus nécessaires par les limites des ressources naturelles. Je pense que l’économie collaborative apporte des réponses à ces enjeux, en recréant le lien perdu entre les humains, et en réinventant la solidarité tout en allégeant notre empreinte sur la planète.

Merci Marie Anne pour ton témoignage.

… à suivre

Caroline VALENT

 

Humaneo, ou comment rassembler les talents dans un écosystème qui développe l’entreprise ?

J’ai rencontré Laurent Vergult lors de la préparation de la 1ère Journée BEEZ&CO en 2012, son projet Humanéo étant réellement porteur des valeurs qui soutenaient le thème de cette 1ère journée : la Force de la relation, génératrice de valeurs pour l’entreprise.

Les deux heures passées en compagnie de Laurent, au sein du alors tout nouveau siège social d’Adeo, avaient été une réelle découverte : d’un projet fort, certes, mais aussi d’un homme dont l’humilité et la passion l’incarnent réellement.

Laurent nous avait fait le plaisir d’être l’un des témoins du débat Histoires d’Entreprises de cette 1ère Journée.
C’est donc tout naturellement que nous sommes restés en contact et que je prends toujours autant de plaisir à tenir Laurent informé de l’évolution du projet BEEZ & CO.
Je suis donc retournée le voir tout récemment et voici la retranscription de nos échanges.

Bonjour Laurent,

En quelques mots, peux-tu nous décrire l’histoire et la mission du projet Humaneo ?

Humaneo est né par la volonté de 3 collaborateurs désirant faire bouger leur entreprise suite à un voyage d’ouverture à San Francisco dont le sujet était « l’Homme au cœur de l’entreprise ». Humaneo est avant tout un état d’esprit et une communauté ouverte à tous. La  « mission » d’Humaneo est d’accompagner les collaborateurs ayant une idée si celle-ci apporte une plus-value à l’entreprise (quelle qu’elle soit). Humaneo s’appuie sur 4 piliers : le Bien-être, l’entreprise 2.0, l’attractivité et l’innovation.

Peux-tu nous donner quelques exemples de belles réalisations Humaneo ?
Humaneo a donné naissance à une cinquantaine d’actions portées par des collaborateurs. Le point commun entre toutes ces actions est la dimension humaine car derrière chaque action, il y a des rencontres, des échanges, des potentiels voire des talents méconnus de l’entreprise. Parmi ces réalisations, nous avons lancé des actions n’apportant pas de bénéfices financiers mais qui permettent de faire vivre les valeurs de l’entreprise ou de mieux comprendre son fonctionnement.
Je pense notamment au « Café’in »  qui permet à 8 collaborateurs de prendre un petit déjeuner  durant 3h30 avec le PDG. Leur participation se fait par cooptation via les 8 participants précédents. A ce jour il y a eu 45 Café’in et le format a été repris à l’international par les DG locaux.
Nous avons également développé une action que nous avons appelé « Les Bricos du Cœur ». Elle se traduit par des dons fait à des associations/fondations ainsi que des chantiers durant lesquels nous améliorons l’espace de travail des bénévoles de ces associations. Il y a également des idées liées au métier (que je ne peux dévoiler) dont une qui est devenue enjeu stratégique au niveau de Leroy Merlin France.

Selon toi, quels sont les facteurs clefs de succès d’Humaneo ?

Il y en a beaucoup mais je citerai :

–  Un soutien sans faille de nos dirigeants dans notre démarche
–  Une transparence totale sur tout ce que l’on fait et notre fonctionnement
–  Une confiance, une autonomie et une liberté données aux collaborateurs
–  L’absence de Hiérarchie au sein de la communauté
– L’interdiction de mots comme R.O.I, Réunions, Cahier des charges, demande d’engagement de dépense, Livre blanc
– Les valeurs de l’Entreprise omniprésentes dans tout ce que l’on fait
– Des règles basiques : «C’est celui qui dit qui fait…mais avec l’aide de la communauté », « des circuits courts sans faire de court-circuit », « Chacun peut participer au développement d’une idée », « Chacun fait ce qu’il veut dans le développement d’une idée » .

Qu’est-ce qu’apporte Humaneo à l’entreprise ? Et qu’est-ce que l’entreprise apporte à Humaneo ?

Je pense qu’Humaneo apporte :
– une autre manière de travailler (plus agile et avec une volonté de recherche d’efficacité à moindre coût)
– une vision décalée sur certains sujets
– des pépites au niveau des idées mais surtout au niveau des collaborateurs. Car ces collaborateurs qui participent aiment leur entreprise et veulent participer beaucoup plus à son développement que de par leur mission. Ce sont des collaborateurs sur qui l’entreprise peut compter.
– une image positive à l’extérieur par répercussion de ce que nous mettons en place.
L’entreprise apporte son soutien et sa confiance ce qui est énorme et différenciant par rapport aux autres entreprises.

L’an dernier, tu es intervenu lors de la Première Journée BEEZ&CO sur le thème de la Force de la relation, et Humaneo était au cœur de ce thème. Par rapport au thème de cette année autour de l’E-CO-système,  peux-tu nous dire si, selon toi, Humaneo fonctionne en éco-système ?

En regardant le diagramme de BEEZ&CO sur l’ E-CO-système, je trouve qu’Humaneo fonctionne totalement en E-CO-système puisque tout est fait en collaboration à travers notre communauté. Dans toutes nos actions, nous retrouvons les valeurs de l’’entreprise tout en travaillant différemment et c’est ce qui a construit notre identité. Plusieurs de nos actions peuvent être classées dans la catégorie « Web 2.0 » (même si nous, nous parlons d’Entreprise 2.0). Le seul point que je ne retrouve pas dans Humaneo concerne le Business Model car nous n’en avons pas réellement.

Qu’est ce que cet écosystème apporte à Humaneo ?

Cet écosystème nous permet d’avoir de plus en plus de membres dans notre communauté grâce à notre identité et par répercussion, des nouvelles idées et des nouvelles compétences.

Humaneo nourrit-il l’écosystème Adeo ?

Humaneo n’est pas encore présent partout dans l’entreprise mais là où Humaneo s’est développé, je dirais qu’Humaneo participe au maintien des valeurs de l’entreprise à travers son état d’esprit et ses actions. Humaneo permet aussi de prouver qu’il est possible de faire des choses sans forcément beaucoup de moyens et chacun peut, s’il le souhaite, devenir un véritable acteur dans le développement de son entreprise malgré la taille de celle-ci.
Des managers  s’inspirent également de son fonctionnement pour animer/manager leurs équipes ou pour travailler autrement.

Une dernière question : qu’est-ce qu’évoque pour toi « Le business sous un autre regard » ?

Le business sous un autre regard m’évoque une ouverture totale en termes de participants et d’état d’esprit. Chacun devra pouvoir participer de manière collaborative sur les sujets qui les intéressent (et qu’ils ont envie de faire bouger). Et les collaborateurs en charge de « territoires » devront ouvrir leurs frontières. Si l’entreprise arrive à ces deux objectifs, elle gagnera sur tous les fronts (turnover, efficacité, productivité, baisse des risques, etc.).

Penses-tu qu’il soit nécessaire de regarder le business  autrement dans le contexte économique actuel ?

Ce n’est pas nécessaire mais obligatoire de voir le business autrement car le contexte économique actuel a généré une autre manière de consommer qui restera, même si le contexte actuel évolue positivement. Une société qui ne prendrait pas ce virage risquerait très fortement de disparaître.

Laurent, merci beaucoup de ta participation à la Globosphère BEEZ&CO.

Suite à nos échanges avec Laurent, BEEZ&CO sera présent au campus Leroy Merlin le 12 juin prochain au cours de tables « inspirantes », pour transmettre l’état d’esprit de BEEZ&CO. Merci à la Direction des Ressources Humaines de Leroy Merlin pour la confiance accordée à BEEZ&CO.

Aurélie IZAMBERT-DUQUENNOY